Samedi 2 juin 2012 6 02 /06 /Juin /2012 12:49

 

 

La reine en moi, celle qui règne en maître absolu sur mon royaume intérieur a décidé -et ses décisions sont sans appel- que j'aurai assez d'énergie pour faire ce que j'aime. L'énergie... Parfois j'en ai à peine pour m'acquitter de ce qui est obligatoire, l'activité dont tout le reste découle, sans laquelle mes enfants ne mangeraient pas, n'auraient pas de toit: mon travail. Pas qu'il soit physiquement fatigant, je suis assise la plupart du temps et rien ne m'oblige à m'y rendre en vélo. De plus cette activité ne me déplait pas, sauf dans ses temps morts. Mais s'occuper d'enfants en difficulté absorbe l'énergie essentielle. C'est avec notre être même que l'on travaille, adaptant notre comportement au leur au quart de seconde, dans une compréhension, une empathie épuisante. Pour bien tirer l'enfant hors de sa pathologie, on doit d'abord se faire lui, pénétrer son univers pour après l'en extraire. Lui ouvrir la porte, mais de l'intérieur. La plus grande force de certains de ces enfants est la force d'inertie, l'apathie de l'être; chez d'autres la force centrifuge les fait exploser, s'agiter vainement de peur de couler, sans connaître les bons mouvements, projeter des objets comme des bribes de leur être éparpillés. En rentrant du travail, c'est mon être entier que je dois réparer, reconstituer pour ne pas qu'il se morcelle. Et pour ce faire, rien de mieux que le sommeil. En m'endormant, je coule en mon royaume, ma reine toute puissante reprend les rênes, ma bulle s'étend jusqu'à ceux que j'aime, les y englobe, se dilate, et dans cet univers j'évolue sereinement, « calma, chica, calma », mon coeur s'apaise.

 

Ma reine a donc décidé, ce fut l'un de ses premiers décrets, que j'aurai toujours assez d'énergie pour faire ce que j'aime. Alors pourquoi cette fatigue ce soir? Dans cette « nuit » là, revient le messager que j'avais envoyé en mission diplomatique dans un royaume voisin. Je mets des guillemets à nuit car dans ma bulle, sous la couronne arc-en-ciel de ma reine, il fait toujours clair. Le messager est donc de retour. À sa vue, mon corps se crispe. Non! J'ai peur de savoir! Peur? Et que cache cette peur? Qu'est-ce que je risque de perdre si mon vœu se réalise? De quoi l'avènement de mon plus cher désir me priverait-il? De ma liberté, de mon indépendance, de mon autonomie. Et je ne veux pas être vue dans ces jours brumeux où la fatigue m'écrase, m'anéantit, j'en ai honte. Il ne faut pas rêver, une présence à mes cotés ne m'épargnera pas la totalité de mes coups de flemmes, ils sont là, en moi, ancrés sans que je sache pourquoi, récurrents. Mon corps tire le signal d'alarme, la fatigue, dernier stade avant les larmes, la déprime. Comme un corps affamé stocke la graisse dès que cesse la pénurie, le mien stocke le repos dès que se calme le rythme. Je l'ai trop longtemps, trop souvent poussé dans ses limites.

 

Est-il possible d'être deux en restant soi? Telle est la question que semble me poser le messager en réponse à la mienne. Comment gérer ces coups de blues, que je dissimule adroitement, avec un homme auprès de moi? Comment aimerais-je qu'il agisse envers moi en cette situation? Déjà, qu'il me comprenne, sans me juger ni me culpabiliser. Puis qu'il me décharge d'un peu de ce qui pèse sur moi, matériellement et quotidiennement. Enfin, ces choses accomplies, qu'il me prenne doucement par la main pour me sortir de ma torpeur, qu'il ouvre la porte et me montre dehors un monde calme et doux, qu'il me prenne le bras et y fasse les premiers pas avec moi. En échange? En échange je peux lui proposer de lui rendre la pareille lorsque c'est sur lui que la vie pèse. La seule chose à souhaiter est donc que nous soyons en opposition de phase. Que se passerait-il si nous tombions ensemble dans un repli, dans un retrait de la vie?

 

Et puis voilà les larmes. Toutes les tristesses de la vie, souvent enfouies, jamais taries, remontent d'un coup à la surface. La présence de mon Roi à coté de moi y changerait-il quoi que ce soit? La reine visite son royaume détruit, gris, boueux de tant de pluie, et tous les rêves en ruine. Dès qu'elle tourne le dos est-ce donc le chaos? De sa main gauche, elle est gauchère et gauchiste, elle saisit son sceptre et proclame qu'il en sera ainsi tant que j'écouterai plus les « il faut » que les « j'ai envie ». Il faut... faire le ménage, les courses et aller aux réus, tandis que j'ai envie... de lire, d'écrire, de dormir et de gratter ma guitare.

 

CQFD, la reine en moi ne me donne plus que l'énergie de faire ce que j'ai envie! Tout le reste peut attendre. Tout est finalement fait à temps, et bien mieux qu'à contre-temps, à contre cœur; il n'y a que le plaisir qui se fait attendre lorsque je n'y prends garde et me laisse bombarder par les gens bien comme « il faut ». Inverser l'ordre des valeurs? Faire passer le repos avant le labeur?

 

Le messager me tend alors le rouleau de parchemin qu'il dissimilait dans les plis de ses vêtements. J'attendais une réponse de la reine du pays voisin, je soupçonne la mienne d'être l'auteure de ces mots aux accents d'ultimatum. Telle une maxime des temps nouveaux, en lettres artistiquement calligraphiées je peux lire:

 

« Tant que tu ne rendras pas les armes, les larmes sonneront l'alarme ».

 

 

2 juin 2012.

 

Par entre nuage et pluie - Publié dans : du sucre plein les poches
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 27 mai 2012 7 27 /05 /Mai /2012 11:38

 

Nous aimons tous les deux le soleil,

les jours qu' ainsi l'on marque

au calendrier du tendre bien mieux que sur sa carte;

celui qui passe entre feuilles et branches

apposant son sceau sur nos peaux nues et blanches;

celui qui mesure impitoyable le temps d'aimer

parcourant l'encadrement d'une fenêtre fermée;

et celui qu'on imagine sur nos plages de rêves

quand le combat de la vie nous offre une trêve.

 

Mais ce jour là, j'ai aimé la pluie!

Je me souviens bien, les nuages étaient gris

mais ne viennent pas du ciel toutes les eaux de la vie!

Gratitude, joie et désir, se disputèrent l'honneur

de la discrète source des larmes de mon bonheur;

l'eau à la bouche, au confluent de nos désirs,

faisait taire nos mots, seuls nos bras pouvaient dire;

puis à la claire fontaine, en allant t'y baigner,

de ton bonheur en pluie mon désert éclaboussé

a vu fleur d'Atacama aussitôt refleurir.

Alors sans autre ivresse que partage du plaisir,

comme la rosée de l'aube à son premier cri,

je chante cet hymne à toutes nos eaux de vie:

 

Gracias la vida

que me depositó

a tus lados

 

 

27 mai 2012

 

 

 

 

 

 

logique: pour le désert d'Atacama, un chanteur chilien.

 

 

 

 

 

 

Par entre nuage et pluie - Publié dans : merci à la vie
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 22 mai 2012 2 22 /05 /Mai /2012 13:33

 

Tiramisu improvisation *

 

Le laveur de carreaux traversait la place. Sur son dos, en lettres jaunes sur fond bleu, le nom de son entreprise, dans sa main, raclette et seau. C'est pour ces raisons que je suis en mesure de vous dire qu'il était laveur de carreaux, car j'ignore la profession des autres personnes assemblées sur la place. Il n'était pas seulement laveur, aussi décorateur. Pour Noël, fêtes des mères, St Valentin... il proposait aux commerçants la décoration de circonstance sur leur vitrine. Quelques temps après, il repassait pour l'effacement de son œuvre.

Le laveur de carreaux traversait la place. Elle était attablée au bistrot, avec deux ados et d'autres spectateurs. Certains, comme elle, suivaient scrupuleusement le programme et les groupes, et l'on reconnaissait quelques têtes. Dans la complicité d'une même émotion musicale, échanger sourires, quelques mots, lier conversation n'aurait pas été trop compliqué. Justement trop facile peut-être. Son attention, une seconde distraite de l'orchestre de jazz qui se produisait sur la place, fut attirée par ce laveur de carreaux qui passait. L'air indifférent à la musique et à l'animation, il passa sans un regard, sans une hésitation derrière le groupe de musiciens. Pourquoi s'intéresser à une étoile filante quand on est assise au milieu d'une galaxie? Avant la fin du morceau, il avait quitté la place. Elle pouvait maintenant rêver l'avoir suivi, abordé, sans risque d'une suite romantique qui comblerait son "envie de sexe et d'affection". Surtout d'affection pensa-t-elle, sa pudeur corrigeant pour elle seule les paroles de Christophe Maé. Partager l'émotion, un regard, un geste tendre assorti à la musique...

Pas pour elle, pas pour aujourd'hui...

Il pleuvait dans sa bière, des larmes de ciel dans l'amer. Les musiciens s'abritaient sous les parasols détournés de leur vocation, ou sous des parapluies, tenus au dessus d'eux par des spectateurs complaisants. La lumière orageuse faisait étinceler les cuivres. Eux seuls scintillaient sous ce ciel nuageux. Pourquoi n'est ce jamais ce que l'on aimerait qui brille? À défaut de compagnon avec lequel partager le festival, au moins le retrouver, le soir, en rentrant au logis... Mais non, pas possible non plus...

Elle allait rentrer avec les ados, leur faire à manger, même prévoir un dessert, que pour eux aussi ça soit la fête un peu, qu'ils sentent que ces quelques jours n'étaient pas comme tous les jours. Pour le reste... "inch alla"...

Pour l'avoir tant et tant répété toutes ces années, elle connaissait maintenant par cœur le thème de la chanson. Pour donner un peu de vie à son quotidien, il lui restait encore à apprendre à être disponible à l'imprévu, à cultiver l'art de l'improvisation.

 

 

*prononcer à l'anglaise.

 

 

 

 

 

Par entre nuage et pluie - Publié dans : du sucre plein les poches
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Samedi 5 mai 2012 6 05 /05 /Mai /2012 13:33

 

La Reine en moi fait de Toi son Roi. En une bulle d'amour elle dilate le royaume dont elle est souveraine. Ses frontières dépassent alors celles de son corps, et dans cet abri, elle s'émeut en toute aisance et toute liberté.

 

Salve Regina!

Une salve d'acclamations a jadis sauvé la Reine en mettant ses détracteurs en déroute. Les propos des moralisateurs, de ceux qui ne cherchaient qu' à accomplir leur bonne action quotidienne, sans y mettre de cœur, ont été recouverts par les applaudissements. Son pouvoir, incontesté, peut maintenant s'exercer dans la douceur, l'harmonie; l'amour pour seule devise. Par décret elle te prend pour Roi. L'avis des autres, leur regard, n'influencent plus les décisions de la Reine. Elle t'aime, tu es donc son Roi. Seule cette logique gouverne sur son territoire.

 

Le matin elle parcourt son domaine où l'amour est loi*. Du regard elle embrasse tout et tous, et respire le bonheur d'être enfin chez elle, en pleine possession de ses pouvoirs, sereine. Aujourd'hui elle se rend à une rencontre diplomatique avec Toi. Toi, le Roi du pays voisin, Toi qui refuse depuis toujours l'alliance qui t'offre de partager son royaume. Toi dont la devise est « Liberté ». Se rendant au lieu de la rencontre, elle se redresse, le dos et la tête droite, un vrai port de Reine, disent les courtisans sur le bord du chemin. Marchant vers le lieu -neutre- de l'entrevue, elle y croit, Tu es là. Tu es là, présent dans sa vie, Ta bulle liberté croise sa bulle d'amour, créant un espace irisé au règne intemporel. Elle marche dans cet espace, un arc en ciel pour couronne. Elle en est certaine, cette fois, Tu ne contesteras pas: de son royaume aussi,

 

Tu es le Roi.

 

 

 

 5 mai 2012

 

 

* Jacques Brel

 

 

 

 


Par entre nuage et pluie - Publié dans : merci à la vie
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 29 avril 2012 7 29 /04 /Avr /2012 09:15

 

La reine endormie.

 

La Reine dort. Recroquevillée dans sa chrysalide, les ailes gluantes collées le long du corps, paralysée, incapable de bouger, elle ne peut que penser. Elle n'attend pas le Prince Charmant, non. Elle se prépare à vivre. Dans ses rêves, elle peaufine ses projets, elle affute ses désirs, elle cisèle ses desseins. Tétanisée dans son cocon, elle imagine les volutes et les virevoltes qu'elle dansera dans le ciel, quand elle sera libre. Précisément, sur l'écran de ses pensées, elle décrit le trajet qu'elle parcourra, quand le temps sera venu. Quand le temps sera venu, sans effort se brisera sa coquille, se déploieront ses ailes, et elle, elle volera, droit vers l'arbre à papillons dont elle sera la Reine.

Les papillons la reconnaîtront de suite comme légitime, sa place sera vacante, depuis longtemps on l'espérait. La Reine pourra enfin rayonner et dispenser à tous l'amour qu'elle a reçu lorsqu'elle n'était que chenille et concentré en elle durant sa réclusion. La Reine pourra être aimante, douce, conciliante, TOUT EN ETANT RESPECTEE, ses désirs entendus, ses besoins obéis. La Reine sera libre. Libre d'aimer, d'oser, de parler, de bouger, de danser, et sera aimée de tous.

 

"Ké tu fé ma rééééééééééééne?!" La gamine joue dans le jardin. Avec tout, bouts de batons, cailloux, avec rien, orvets, vers de terre et chenilles pour compagnons. La vieille voisine l'apostrophe dans un mélange de patois ardennais et de français, le é sonore et trainant de "reine" la sort de sa rêverie. La vieille approche, ongles longs et noirs, et tablier douteux. La sorcière d'Ansel et Gretel va t-elle jeter la gamine au feu? Non, ce sont les chenilles qui l'intéressent... pour les poules. La gamine en sauve une, cachée dans sa main, la porte à son grand-père "Papi, papi, on lui fait un vivarium pour qu'elle devienne papillon?" La rescapée est installée dans son nouvel habitat, à coté de celui des grenouilles rainettes, dans le garage. "Tu sais, prévient le grand-père, c'est délicat, très peu de chenilles se métamorphosent en captivité, n'espère pas trop." Mais tous les jours la gamine passe des heures à rêver devant le vivarium dans le garage glacé. Et dans son regard d'enfant, la disgracieuse chenille vole déjà majestueusement vers son royaume, l'arbre à papillons du jardin.

 

Claire, 28 avril 2012; merci à Alain.

 

 

 

Par entre nuage et pluie - Publié dans : merci à la vie
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 21 avril 2012 6 21 /04 /Avr /2012 14:38

Première voix:

 

Je ne sais pas ce que serait ma vie sans ma collection de papillons, moi qui suis ancré au sol par mes racines, c'est par eux, virevoltants autour de moi, que j'apprends que la terre dépasse l'horizon de mon champ. Ils m'apportent les nouvelles du pays et même d'au delà des frontières, là bas, derrière la barrière en barbelée. Ils me disent la forêt aux sombres géants que j'aperçois au milieu de mon ciel à l'est. Moi je suis là, je ne peux pas bouger. Eux viennent, quand ça leur chante, me font la grâce d'une visite, d'une petite conversation, d'une chanson même parfois. De leurs ailes, ils frôlent mes pétales, oh, c'est amical seulement, n'allez pas croire! Certains me racontent des fables, pour me faire espérer: ils prétendent qu'eux aussi, avant, étaient rivés à la terre, et que par la magie d'un bon sort, ils prirent leur envol. Mais je n'en crois rien. La seule chose que je redoute, c'est la main des humains, quand ils nous coupent pour nous emmener au loin. Que deviendrais-je, loin de mes papillons? Je suis sûre de dépérir, comme une ampoule qui grille, disparaître complètement, sans laisser de trace, n’être jamais né. Tout un tas de légendes circulent sur ceux que les humains ont cueillis, certains parlent d'enfer, d'enfermement en vase clos, d'autres affirment que c'est notre seule chance à nous de voir du pays et d'aller plus loin même qu'aucun papillon n'est jamais allé. Il paraitrait même, selon certaines sources, que là où l'on nous mène on est à l'abri du vent et du déluge, alors que d'autres soutiennent qu'on y est privé de soleil. Toutes ces questions m'angoissent, j'aimerais mieux savoir, pour avoir moins peur, ou pour profiter au mieux du confort de mon champ. Mais aucun papillon n'a de réponse sûre à mes questions. C'est une angoisse sourde, mais lorsque je me laisse étourdir par tout ce qui vole autour de moi, papillons, mais aussi abeilles, coccinelles et bourdons, j'arrive à l'oublier et à aimer l'instant. Du reste je ne peux pas dire que je sois spécialement malheureux : grâce à Dieu j’ai toujours été en bonne santé.

Mémoires d'un coquelicot, recueillies par Martha.

Enfant, Martha avait le droit de cueillir toutes les fleurs des champs, sauf les coquelicot, c'est trop fragile lui disait sa mère, ils seront morts avant notre retour à la maison.

 

Deuxième voix:

 

Je ne sais pas ce que serait ma vie sans ma collection de papillons. Je ferme les yeux, je crée ma nuit, et aussitôt ils volent dans ma tête, petits points lumineux. Depuis que j'abrite l'âme de Martha, c'est comme ça, dans la nuit de mon esprit se sont mis à briller des milliers de papillons. Ils me tiennent compagnie. Je me demande d'où leur vient cette lumière puisque j'ai les yeux fermés? La génèrent-ils eux mêmes, ou reflètent-ils une autre source? Est-ce moi qui les attire, ou Martha qui me les envoie? Quel est mon rôle dans toute cette histoire? J'ai toujours rêvé de briller, mais chaque fois que j'ai tenté de me mettre en lumière, j'ai raté, ou tout fait pour me saborder, au point de souhaiter, comme une ampoule qui grille, disparaître complètement, sans laisser de trace, n’être jamais née. Mais si l'ampoule grille, que deviendront mes papillons? Ne risquent-ils pas, attirés par ce soudain excès de luminosité de venir s'y brûler les ailes? Alors je reste en veilleuse, pas trop sombre, pour qu'ils viennent me voir, mais pas trop claire, pour qu'ils ne meurent pas à mon contact. Martha m'a fait ce beau cadeau en partant, de me léguer sa collection de papillons dans les yeux. Oh je ne parle de tout cela à personne, encore moins à mon psy, bien trop peur qu'il me conseille un petit séjour thérapeutique, je préfère jouer en secret les arbres à papillons, en fermant les yeux. À mon tour je suis devenue bizarre, comme Martha l'était avant de disparaître, une sorcière, ou une fée, selon l'humeur du moment. C'est étrange, il me faut m'habituer à cette nouvelle vie. Du reste je ne peux pas dire que je sois spécialement malheureuse : grâce à Dieu j’ai toujours été en bonne santé.

Yousra; 21 avril 2012

 

Troisième voix:

 

Je ne sais pas ce que serait ma vie sans ma collection de papillons. Mon grand-père était entomologiste, c'est la seule chose qu'il m'a léguée. Peut-être en souvenir de nos promenades complices, lorsque j'étais tout jeune, dans les forêts ardennaises. Au fil de nos balades nous confectionnions des herbiers, des vivarium à grenouilles rainettes et nous ramassions des insectes. J'aimais le rituel: ouvrir la petit boite ayant contenue une pellicule photo, y mettre un coton imprégné d'éther et une fois la bestiole attrapée, l'y plonger pour l'endormir pour l'éternité. J'aimais beaucoup moins, au retour, quand mon grand-père les épinglait sur le polystyrène pour les exposer. Cette action là, de les piquer alors qu'ils étaient morts, me semblait plus cruelle que celle qui avait consisté à les tuer. Paradoxe qui n'apparait que maintenant, à mes yeux d'adulte raisonnant. Au décès de mon grand-père, j'ai donc récupéré toutes ces boites blanches constellées de papillons.
-Ah, parce que c'était vrai??!! ne manquent pas de s'exclamer les femmes que j'invite à boire un verre. -Franchement, le coup de la collection de papillons, je croyais que c'était juste pour me faire venir chez vous, comme une version soft de la collection d'estampes japonaises!
Lorsque je les sens déçues, on boit le verre promis et au revoir, ce qui achève de les décontenancer. Quoi? Un homme qui offre à boire sans arrière pensée? J'aime quand leurs a-priori et leurs certitudes s'écroulent, ça fait un grand fracas de verre brisé sur le plancher.
Aujourd'hui mon invitée semble réellement intéressée, elle regarde les papillons, leurs noms, et me dit qu'elle même possède dans des boites similaires des bousiers, des scarabées, des lucanes cerf volant... don de son oncle, mais que personnellement elle préfère maintenant photographier les petites bêtes, en macro, et les laisser filer.
On s'apprête à boire le verre promis, de sa part aucune ambiguïté. Est-elle à ce point ingénue? Naïve? Timide? Devant tant de candeur, ce sont mes à priori à moi qui se fracassent contre les murs; une femme qui monte boire un verre sans arrière pensée, et qui en plus n'a pas l'air d'avoir peur? Ça existe? On était en grande conversation sur les mérites du reflex numérique pour la photographie naturaliste quand, clac, le compteur a disjoncté. C'est ma faute, j'avais oublié dans mon trouble que lorsque j'allume la bouilloire (oui, mon invitée avait préféré du thé vert au verre de bière proposé), il me faut penser à éteindre le chauffage que j'avais poussé à fond dans l'éventualité de... d'avoir à être moins habillé.
Nous voilà donc tous les deux, assis, cote à cote sur mon minuscule canapé, dans le noir. Avec n'importe qu'elle autre déçue par ma collection de papillon, j'en aurais évidemment immédiatement profité, mais avec elle... j'ai eu honte, une intense honte m'a submergée, si elle allait croire que c'était prémédité? Je ne savais plus quoi faire, où me mettre, comme cette ampoule qui grille, disparaître complètement, sans laisser de trace, n’être jamais né. Qu'allait elle faire? Me gifler? S'en aller? Non, elle a sorti un briquet de sa poche et à sa lueur a repéré une bougie cadeau de ma mère, anti tabac, ou citronnelle, je ne sais plus, qui traînait dans le bazar de la table basse.
Vous avez raison, c'est plus romantique comme ça, et puisqu'on ne peut plus faire d'eau chaude, puis-je partager votre bière? Dit-elle en attrapant ma canette.
J'ai rien dit, mais j'ai compris qu'elle était hors catégorie, inclassable dans mes à priori. Du coup, je n'ai pas été surpris lorsqu'en partant elle m'a dit: samedi, je fais une balade-photo, ça vous dit? Pour le retour, je mettrai de la bière au frigo, apportez donc une chandelle.
D'un seul coup, j'ai retrouvé confiance en la vie, envie de croire que je pouvais encore être surpris, vivre des belles choses. Du reste je ne peux pas dire que je sois spécialement malheureux : grâce à Dieu j’ai toujours été en bonne santé. Mais là c'était différent, ce n'était pas l'absence de malheur, c'était vraiment le bonheur qui cognait à mon cœur. Ah au fait, elle s'appelle yousra.

Amray, 21 avril 2012

 

Ces trois textes devaient contenir

Trois phrases extraites des chroniques d’Antonio Lobo Antunes :
1/ Je ne sais pas ce que serait ma vie sans ma collection de papillons.
2/ Comme une ampoule qui grille, disparaître complètement, sans laisser de trace, n’être jamais né.
3/ Du reste je ne peux pas dire que je sois spécialement malheureux : grâce à Dieu j’ai toujours été en bonne santé.

(exercice de l'atelier d'écriture).

 

 

 

Par entre nuage et pluie - Publié dans : Martha
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Vendredi 20 avril 2012 5 20 /04 /Avr /2012 19:34

 

J'aime t'être nue, la chaleur de ta peau

comme seul manteau.

J'aime quand tu m'arrives matin

petite escale surprise sur mon chemin.

J'aime quand tu me viens

et que se conjuguent ton plaisir et le mien.

J'aime quand tu m'évanouis et que le plaisir me tait

j'aime moins que tu me dépêches, mais nul n'est parfait.

Je raffole que tu m'envoles

alors mes rêves décollent!

Mais je n'aime pas quand tu m'absentes,

ma solitude se violente,

par ce silence cruel,

tu me rebelles!

Jusqu'au jour où tu me danses,

chaque pas, j'apprends la confiance.

Alors pour toujours, j'aime toi.

 

19-20 avril 2012

 

les cowboys fringants: Hanna

 

"la solitude c'est qq chose d'assez déprimant

ça d'vient une habitude mais on s'y fait jamais vraiment

si les étoiles reviennent je te jure que je te les décroche

pour apaiser ta peine j'en glisserai une dans ta poche

en attendant dors bien, on se reparle demain."

 

 

 

Par entre nuage et pluie - Publié dans : du sucre plein les poches
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 17 avril 2012 2 17 /04 /Avr /2012 10:23

 

075.jpg

 

Il y a des jours brumeux, des jours où aucun phare ne perce le brouillard, des jours où le contour des cotes reste indiscernable. Alors on se croit seul. Parfois, un faible son atténué traverse les nuées qui s'évaporent de la mer pour rejoindre des cieux déjà bien encombrés. Si le soleil se lève, il se répand immédiatement en un halo liquide et aveuglant. On perd tous ses repères, ne pouvant le situer et en déduire le nord. Voilà, seul, entouré d'eau, perdu, déboussolé, il serait vain d'avancer, dangereux même, les rochers, eux, ne se sont pas liquéfiés, en cas de collision, on risque le naufrage.

Alors, je jette l'ancre, je largue mes amarres. Tant pis si la houle me bouscule, j'en ai marre d'être ainsi balloté de marée en marée. Ne sachant plus que faire, où aller, je laisse la mer prendre le gouvernail, le vent lisser les voiles. Moi je me roule en boule sur le pont. Le roulis me brinquebale, et j'attends, j'attends. J'attends que la mer me prenne en charge. Pour elle je ne suis qu'un faible brin de paille, je ne pèse nullement à son dos de géant qui relie les continents, elle peut bien faire ça pour moi: cesser de me secouer, et doucement, doucement, me bercer. Alors je m'abandonne en toute confiance, je sens qu'elle me pardonne mes erreurs, mes errances et je m'endors sereinement.

Lorsque je m'éveillerai, le brouillard peut-être sera levé. Je verrai les cotes toutes proches, les amis qui me font signe sur la jetée, qui guident ma barque pour que j'accoste, qui me tendent la main pour me sortir de cette petite galère sur laquelle j'avais embarqué, un matin de chagrin.

 

JiM, 17 avril 2012

 

brouillard d'automne anne sylvestre

 

 

Par entre nuage et pluie - Publié dans : du sucre plein les poches
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 8 avril 2012 7 08 /04 /Avr /2012 16:57

 

DSCN9970.jpg

 

Loin des Frontignes

 

Bouger, quitter nos frontières,

cela pourrait se faire,

si seulement Pays se figeait,

comme dans les contes s'endormait,

au retour, on reconnaîtrait sa Terre!

 

Changer, muer loin des Frontignes,

mais quand Pays nous reverra

est-ce qu'il nous reconnaîtra ?

Peut-être nous rejettera-t-il

comme personnes étrangères,

si les souvenirs d'exils

nous éloignent trop de nos frères?

 

Apprendre, grandir loin des Frontignes,

mais quand au Pays on revient,

Est-on encore aimé des siens?

Pont, sur l'absence jeté

tend vers la rive opposée

Temps d'exil lentement coule,

bien amère traversée.

 

Pleurer, crier loin des Frontignes,

fils tendus aux nuages

pensées aux doigts des funambules

lancent leur défi aux âges

et les jours, perdus comme le vent,

reprendront sans préambule

leur cours interrompu.

 

S'ouvrir, créer! Évoluer! loin des Frontignes,

alors quand Pays nous reverra...

il nous adoptera.

 

 

 

les cowboys fringants 8 secondes

 

 

 

Par entre nuage et pluie - Publié dans : du sucre plein les poches
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 26 mars 2012 1 26 /03 /Mars /2012 18:15

DSCN9946.jpg

 

 

L'amour est une petite chose fragile en moi, vite menacée, vite dévorée par l'ogresque appétit de mes ambitions, de mon égo. Pour protéger la fragile étincelle de l'amour, il me faut du temps, du calme, de l'attention à moi-même et aux autres. Je dois la protéger des vents contraires qui trop fort soufflent sur elle et risquent de l'éteindre à tout jamais.

A tout jamais, non, pas vrai. Mais il est beaucoup plus difficile de rallumer un feu que de propager une flamme. Je dois veiller aussi à ce que rien ne l'étouffe, lui ménager des temps de respirations, de repos.

Ça implique d'aller régulièrement à la rencontre des autres, mais aussi de moi même, dans le silence, dans la douce pénombre d'un grand arbre. à l'automne, ses feuilles tombent et il me permet de prendre l'une d'elles. Il me dit "écris, écris dessus en encre de sève, écris vite tes mots d'amour avant qu'ils ne s'envolent aux tempêtes hivernales". Alors je les écris, docile, pour en retrouver le goût quand le soleil cogne trop fort, quand dans la brouillasse je me perds, ou quand la pluie m'invite au repli, à l'abri. Par le don d'une feuille d'automne, mon arbre m'offre de défier les saisons en gardant intacte, en moi, cette petite chose fragile qu'est l'amour.

 

Martha; le 24 mars 2012, dans les champs.

 

musique: khaled mouzanar semeur des champs arides

 

 

 

 

J'aurais aimé SAVOIR m'éloigner des impossibilités

pour POUVOIR mieux m'approcher des possibles.

 

J'aurais aimé que tout soit possible.

J'aurais aimé que "TOI" soit possible.

J'aurais aimé être ton possible.

Élargir l'horizon,

partir, évasion,

ouvrir la fenêtre...

 

JiM; le 25 mars 2012, dans les champs.

 


Par entre nuage et pluie - Publié dans : du sucre plein les poches
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Présentation

Recherche

Calendrier

Juin 2012
L M M J V S D
        1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30  
<< < > >>

Créer un Blog

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés