A quoi ça tient?
21 juin
Pinces à linges aux partitions
pour la sérénité du batteur
bricolages, improvisations
font le talent du régisseur
le vent pourra souffler son saoul
tu vois, ça tient!
Fil bleu dans la fiche bleue
mieux qu'un fil conducteur
et les paroles du chanteur
arrivent à nos tympans heureux
la rue peut continuer son bruit
tu vois, à ça, ça tient!
Entourés de vibrations
face aux amplificateurs
nos os sentent les sons
au rythme décidé par le compositeur
si on oublie où on est, le groupe est bon
tu vois, ça tient à rien!
à la batterie les pulsations
remplacent celles de nos coeurs
la musique comme griserie
cadences imposée des percussions
quand on oublie tout de sa vie
tu vois, le bonheur vient!
Le soleil joue les intermittents
dans les parasols agités de vent
les yeux clos, on y croit, c'est magique
quel talent cet éclairagiste
il fait grand jour pourtant
tu vois, qu'est ce que c'est bien!!
Que le goût nous en vienne des offices
ou des défilés tambours battants
n'a pas fait de nous des complices
de cette société du plus offrant
De la poésie à la musique
tu vois, à quoi ça tient!
Pour Daniel,
21 juin 2009
photos: Daniel V.
Lorsque tu reviendras
Je t'aime ici et maintenant
mais j'aime que tu aies vécu
partout ailleurs avant.
Demain mettra fin à ton voyage
et mes pensées pourront revisiter
le familier de nos paysages.
Vue de là haut la terre m'apparut
de bleus et de verts mêlés
quelques tâches de blancs,
des nuages,
quand trop haut je suis montée
pour de trop lointains voyages.
Pensées étirées me laissent morcelée
la conscience en miettes à l'entrée de l'été
je nous cherche un abri, une cabane de berger
pour protéger notre amour des regards et des pluies
De vivre chaque jour dans l'ombre
d'une montagne sombre
mon espoir ne souffre pas.
Mais lorsque tu t'éloignes
te suivant pas à pas
sur le fil de mes pensées
entre deux lieux tendu
se perd ma raison.
J'ai besoin du terre à terre de nos sentiers
d'arrêter mon regard sur le bouton d'or
sur l'éclat rouge du coquelicot
et sur l'empreinte rassurante
de nos pas dans la poussière.
Si avant moi
vers l'irrémédiable tu t'en vas
toute la force de TES pensées me faudra
pour ne pas dans l'immensité me disperser.
Pour dans l'arbre que tu aimes te retrouver
dans le sentier emprunté retrouver ton passage
dans le bleu des cieux revoir ton regard
et pour t'aimer dans les voyages
qu'il me restera à faire:
Pour Te retrouver
parcourir la Terre.
Pour Honoré,
21 juin 2009
champs libre...
Cette nuit, funambulette s'est donnée à l'auberge sans frontière. Elle a donné son corps, jamais elle ne vend rien. Criez au scandale, bonnes gens! Le scandale, où est il? Funambulette cherche, ne voit pas, ce corps qu'elle trimballe tant bien que mal, à qui est il? Morales austères prennent la vie à revers, en font apprentissage de la mort, petit à petit, soumettre tous les besoins du corps, vivre des années pour préparer l'ultime journée? Ce soir là, mère, je voudrais dire « sans regrets », et quitter la vie sur un sourire d'amour et non grimace amère.
Coupable! Coupable en action, en pensées! En pensées? Sinistre blague. Comment peut on avancer pareil mensonge? Funambule a essayé, comme chacun, de faire advenir le bien, la paix, la douceur pour le monde, par la force de ses seules pensées. Pour quel résultat! Pas assez concentré? Jusqu'à l'éblouissement, l'étourdissement, la concentration, et par le monde, tant d'illuminés y consacrent toutes leurs énergies, en vain. Alors... aussi impuissantes au bien qu'au mal les pensées, tant qu'elles restent otages de nos cerveaux.
Leur seul pouvoir est résonance sur les murs de l'immeuble, ondes qui nous rendent doux, sensibles, réceptifs, ou agacés, énervés, agressifs. C'est le seul pouvoir des pensées: influencer notre rapport aux autres, déterminer la nature de l'interface entre le monde et nous. Mur de plexiglas froid, lisse, muet, ou haie fouillis abri et passage, nos pensées créent les limites de notre moi. Jamais une frontière n'a été coupable de quoi que ce soit, adressez vous plutôt au douanier, c'est lui l'exécutant qui contrôle et refoule!
Alors pensent, pensent, petits funambules, pensent et vers les étoiles de la piste s'élancent. Libres. Trapézistes qui sur la voie lactée se retrouvent, chaque nuit intense, nous vivons tous sous les mêmes étoiles, innombrables, comme elles, depuis que le monde tourne, soleils, chacun tente d'attirer à soi... pour briser le huis clos.
Il se passe toujours plus que l'instant. Il y a l'instant et ce qui se passe dans la tête de l'autre, et dans la notre, conjonction de silences, lourds de sens.
Il lui dira jeune Bilboquet, il parlera à funambulette, car il en fera sa confidente quand elle rentrera. Il lui dira son grand amour pour une femme dont le sépare le fleuve de l'âge. Mais pour l'instant funambulette erre encore entre causses et villages, à mi-course de son exil, elle erre et pense, s'inquiète parfois pour son funambule resté dans l'immeuble. Elle l'a laissé au milieu des nuages, elle a peur parfois. Oui, accepter la vie, c'est accepter la mort, accepter l'amour, c'est accepter la souffrance de l'inquiétude pour l'autre.
Sauf à lâchement déserter le premier... Certains Anges me rattrapent parfois, auxquels je dis bonjour poliment, oui, bonjour, je sais, je sais que chacun a ce choix là aussi, ce choix j'en fais une force: si je suis en vie, c'est par choix, par désir, en conscience. Et ce qui est difficile, mais pas subi, devient expérience, sagesse, bâton de pèlerin pour le chemin.
Parfois, le chemin , pente descendante, est parsemé de rocailles qui s'effritent sous nos pieds, roulent, nous font glisser, tomber, parfois. Parfois la vie s'accélère. C'est dur pour les funambules perdus dans leurs nuages. Le temps devient instable et la mer s'agite, le fil se balance, ils se cramponnent, par réflexe. Heureusement. Heureusement, funambules s'accrochent au fil qui oscille dangereusement, plus il bouge, plus ils serrent, vous ne le leur ferez pas lâcher. Pas avant l'accalmie. Il n'y a qu'au temps calme qu'on peut réfléchir assez pour envisager de lâcher le fil, et au temps calme, on y est bien sur le fil, on peut suivre les nuages, les étoiles. Les funambules ne sont pas sourds à l'appel des Anges, mais ils n'y répondent pas, jamais ils ne coupent d'eux même leur fil... tant qu'ils peuvent être utiles.
Être utile, on le peut toujours pense Bilboquet. Il le dira à Funambulette quand il la verra.
Allez, lève les yeux, mère, et peut être dans ce ciel que tu vénères, verras tu autre chose que Zeus et sa foudre te visant. Mais ce rôle m'exaspère, du haut de mes neufs ans, te tirer du bourbier m'y a toujours enfoncé. Non, c'est fini, par la force des mots, je te laisserai dire les tiens, puisque c'est ce qui te soulage, mais je sais désormais que tu parles aux nuages, car je refuse d'être témoin de ta vertu souffrante.
Ma vie est mienne, tu me l'as donnée, faudrait pas oublier, je n'ai signé aucun contrat, pris de billet pour aucune gare, j'ai accepté de vivre, je suis libre.
Oh là là! Paratonnerre pleure et se lamente, un malheur de plus la tourmente, si funambulette ne craint plus le ciel, quel garde fou s'imposeront à elle, quelles limites à sa démence?
Ne pleure pas Paratonnerre, funambulette encore se doit de rassurer, la mer n'est elle pas assez salée à ton goût? Des garde fous, j'en ai, je monte sur mon fil, je vois le monde qui tremble, pleure et gémit, et je me dis que tout, je ferais tout, pour ne pas ajouter de larmes à la montée des eaux, y compris, vois tu, parfois au risque d'en verser moi même.
Ouf! Paratonnerre se calme, sa fille n'est pas pourrie, il lui reste des racines, avec un bon engrais, d'oxalis et de bourbe mêlés, les bonnes branches pourraient repousser.
Elle ignore, petite mère, que funambulette est une déracinée...
extrait de Vagues d'oxalis, chapitre 7
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