Samedi 5 mai 2012 6 05 /05 /Mai /2012 13:33

 

La Reine en moi fait de Toi son Roi. En une bulle d'amour elle dilate le royaume dont elle est souveraine. Ses frontières dépassent alors celles de son corps, et dans cet abri, elle s'émeut en toute aisance et toute liberté.

 

Salve Regina!

Une salve d'acclamations a jadis sauvé la Reine en mettant ses détracteurs en déroute. Les propos des moralisateurs, de ceux qui ne cherchaient qu' à accomplir leur bonne action quotidienne, sans y mettre de cœur, ont été recouverts par les applaudissements. Son pouvoir, incontesté, peut maintenant s'exercer dans la douceur, l'harmonie; l'amour pour seule devise. Par décret elle te prend pour Roi. L'avis des autres, leur regard, n'influencent plus les décisions de la Reine. Elle t'aime, tu es donc son Roi. Seule cette logique gouverne sur son territoire.

 

Le matin elle parcourt son domaine où l'amour est loi*. Du regard elle embrasse tout et tous, et respire le bonheur d'être enfin chez elle, en pleine possession de ses pouvoirs, sereine. Aujourd'hui elle se rend à une rencontre diplomatique avec Toi. Toi, le Roi du pays voisin, Toi qui refuse depuis toujours l'alliance qui t'offre de partager son royaume. Toi dont la devise est « Liberté ». Se rendant au lieu de la rencontre, elle se redresse, le dos et la tête droite, un vrai port de Reine, disent les courtisans sur le bord du chemin. Marchant vers le lieu -neutre- de l'entrevue, elle y croit, Tu es là. Tu es là, présent dans sa vie, Ta bulle liberté croise sa bulle d'amour, créant un espace irisé au règne intemporel. Elle marche dans cet espace, un arc en ciel pour couronne. Elle en est certaine, cette fois, Tu ne contesteras pas: de son royaume aussi,

 

Tu es le Roi.

 

 

 

 5 mai 2012

 

 

* Jacques Brel

 

 

 

 


Par entre nuage et pluie - Publié dans : merci à la vie
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 29 avril 2012 7 29 /04 /Avr /2012 09:15

 

La reine endormie.

 

La Reine dort. Recroquevillée dans sa chrysalide, les ailes gluantes collées le long du corps, paralysée, incapable de bouger, elle ne peut que penser. Elle n'attend pas le Prince Charmant, non. Elle se prépare à vivre. Dans ses rêves, elle peaufine ses projets, elle affute ses désirs, elle cisèle ses desseins. Tétanisée dans son cocon, elle imagine les volutes et les virevoltes qu'elle dansera dans le ciel, quand elle sera libre. Précisément, sur l'écran de ses pensées, elle décrit le trajet qu'elle parcourra, quand le temps sera venu. Quand le temps sera venu, sans effort se brisera sa coquille, se déploieront ses ailes, et elle, elle volera, droit vers l'arbre à papillons dont elle sera la Reine.

Les papillons la reconnaîtront de suite comme légitime, sa place sera vacante, depuis longtemps on l'espérait. La Reine pourra enfin rayonner et dispenser à tous l'amour qu'elle a reçu lorsqu'elle n'était que chenille et concentré en elle durant sa réclusion. La Reine pourra être aimante, douce, conciliante, TOUT EN ETANT RESPECTEE, ses désirs entendus, ses besoins obéis. La Reine sera libre. Libre d'aimer, d'oser, de parler, de bouger, de danser, et sera aimée de tous.

 

"Ké tu fé ma rééééééééééééne?!" La gamine joue dans le jardin. Avec tout, bouts de batons, cailloux, avec rien, orvets, vers de terre et chenilles pour compagnons. La vieille voisine l'apostrophe dans un mélange de patois ardennais et de français, le é sonore et trainant de "reine" la sort de sa rêverie. La vieille approche, ongles longs et noirs, et tablier douteux. La sorcière d'Ansel et Gretel va t-elle jeter la gamine au feu? Non, ce sont les chenilles qui l'intéressent... pour les poules. La gamine en sauve une, cachée dans sa main, la porte à son grand-père "Papi, papi, on lui fait un vivarium pour qu'elle devienne papillon?" La rescapée est installée dans son nouvel habitat, à coté de celui des grenouilles rainettes, dans le garage. "Tu sais, prévient le grand-père, c'est délicat, très peu de chenilles se métamorphosent en captivité, n'espère pas trop." Mais tous les jours la gamine passe des heures à rêver devant le vivarium dans le garage glacé. Et dans son regard d'enfant, la disgracieuse chenille vole déjà majestueusement vers son royaume, l'arbre à papillons du jardin.

 

Claire, 28 avril 2012; merci à Alain.

 

 

 

Par entre nuage et pluie - Publié dans : merci à la vie
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 21 avril 2012 6 21 /04 /Avr /2012 14:38

Première voix:

 

Je ne sais pas ce que serait ma vie sans ma collection de papillons, moi qui suis ancré au sol par mes racines, c'est par eux, virevoltants autour de moi, que j'apprends que la terre dépasse l'horizon de mon champ. Ils m'apportent les nouvelles du pays et même d'au delà des frontières, là bas, derrière la barrière en barbelée. Ils me disent la forêt aux sombres géants que j'aperçois au milieu de mon ciel à l'est. Moi je suis là, je ne peux pas bouger. Eux viennent, quand ça leur chante, me font la grâce d'une visite, d'une petite conversation, d'une chanson même parfois. De leurs ailes, ils frôlent mes pétales, oh, c'est amical seulement, n'allez pas croire! Certains me racontent des fables, pour me faire espérer: ils prétendent qu'eux aussi, avant, étaient rivés à la terre, et que par la magie d'un bon sort, ils prirent leur envol. Mais je n'en crois rien. La seule chose que je redoute, c'est la main des humains, quand ils nous coupent pour nous emmener au loin. Que deviendrais-je, loin de mes papillons? Je suis sûre de dépérir, comme une ampoule qui grille, disparaître complètement, sans laisser de trace, n’être jamais né. Tout un tas de légendes circulent sur ceux que les humains ont cueillis, certains parlent d'enfer, d'enfermement en vase clos, d'autres affirment que c'est notre seule chance à nous de voir du pays et d'aller plus loin même qu'aucun papillon n'est jamais allé. Il paraitrait même, selon certaines sources, que là où l'on nous mène on est à l'abri du vent et du déluge, alors que d'autres soutiennent qu'on y est privé de soleil. Toutes ces questions m'angoissent, j'aimerais mieux savoir, pour avoir moins peur, ou pour profiter au mieux du confort de mon champ. Mais aucun papillon n'a de réponse sûre à mes questions. C'est une angoisse sourde, mais lorsque je me laisse étourdir par tout ce qui vole autour de moi, papillons, mais aussi abeilles, coccinelles et bourdons, j'arrive à l'oublier et à aimer l'instant. Du reste je ne peux pas dire que je sois spécialement malheureux : grâce à Dieu j’ai toujours été en bonne santé.

Mémoires d'un coquelicot, recueillies par Martha.

Enfant, Martha avait le droit de cueillir toutes les fleurs des champs, sauf les coquelicot, c'est trop fragile lui disait sa mère, ils seront morts avant notre retour à la maison.

 

Deuxième voix:

 

Je ne sais pas ce que serait ma vie sans ma collection de papillons. Je ferme les yeux, je crée ma nuit, et aussitôt ils volent dans ma tête, petits points lumineux. Depuis que j'abrite l'âme de Martha, c'est comme ça, dans la nuit de mon esprit se sont mis à briller des milliers de papillons. Ils me tiennent compagnie. Je me demande d'où leur vient cette lumière puisque j'ai les yeux fermés? La génèrent-ils eux mêmes, ou reflètent-ils une autre source? Est-ce moi qui les attire, ou Martha qui me les envoie? Quel est mon rôle dans toute cette histoire? J'ai toujours rêvé de briller, mais chaque fois que j'ai tenté de me mettre en lumière, j'ai raté, ou tout fait pour me saborder, au point de souhaiter, comme une ampoule qui grille, disparaître complètement, sans laisser de trace, n’être jamais née. Mais si l'ampoule grille, que deviendront mes papillons? Ne risquent-ils pas, attirés par ce soudain excès de luminosité de venir s'y brûler les ailes? Alors je reste en veilleuse, pas trop sombre, pour qu'ils viennent me voir, mais pas trop claire, pour qu'ils ne meurent pas à mon contact. Martha m'a fait ce beau cadeau en partant, de me léguer sa collection de papillons dans les yeux. Oh je ne parle de tout cela à personne, encore moins à mon psy, bien trop peur qu'il me conseille un petit séjour thérapeutique, je préfère jouer en secret les arbres à papillons, en fermant les yeux. À mon tour je suis devenue bizarre, comme Martha l'était avant de disparaître, une sorcière, ou une fée, selon l'humeur du moment. C'est étrange, il me faut m'habituer à cette nouvelle vie. Du reste je ne peux pas dire que je sois spécialement malheureuse : grâce à Dieu j’ai toujours été en bonne santé.

Yousra; 21 avril 2012

 

Troisième voix:

 

Je ne sais pas ce que serait ma vie sans ma collection de papillons. Mon grand-père était entomologiste, c'est la seule chose qu'il m'a léguée. Peut-être en souvenir de nos promenades complices, lorsque j'étais tout jeune, dans les forêts ardennaises. Au fil de nos balades nous confectionnions des herbiers, des vivarium à grenouilles rainettes et nous ramassions des insectes. J'aimais le rituel: ouvrir la petit boite ayant contenue une pellicule photo, y mettre un coton imprégné d'éther et une fois la bestiole attrapée, l'y plonger pour l'endormir pour l'éternité. J'aimais beaucoup moins, au retour, quand mon grand-père les épinglait sur le polystyrène pour les exposer. Cette action là, de les piquer alors qu'ils étaient morts, me semblait plus cruelle que celle qui avait consisté à les tuer. Paradoxe qui n'apparait que maintenant, à mes yeux d'adulte raisonnant. Au décès de mon grand-père, j'ai donc récupéré toutes ces boites blanches constellées de papillons.
-Ah, parce que c'était vrai??!! ne manquent pas de s'exclamer les femmes que j'invite à boire un verre. -Franchement, le coup de la collection de papillons, je croyais que c'était juste pour me faire venir chez vous, comme une version soft de la collection d'estampes japonaises!
Lorsque je les sens déçues, on boit le verre promis et au revoir, ce qui achève de les décontenancer. Quoi? Un homme qui offre à boire sans arrière pensée? J'aime quand leurs a-priori et leurs certitudes s'écroulent, ça fait un grand fracas de verre brisé sur le plancher.
Aujourd'hui mon invitée semble réellement intéressée, elle regarde les papillons, leurs noms, et me dit qu'elle même possède dans des boites similaires des bousiers, des scarabées, des lucanes cerf volant... don de son oncle, mais que personnellement elle préfère maintenant photographier les petites bêtes, en macro, et les laisser filer.
On s'apprête à boire le verre promis, de sa part aucune ambiguïté. Est-elle à ce point ingénue? Naïve? Timide? Devant tant de candeur, ce sont mes à priori à moi qui se fracassent contre les murs; une femme qui monte boire un verre sans arrière pensée, et qui en plus n'a pas l'air d'avoir peur? Ça existe? On était en grande conversation sur les mérites du reflex numérique pour la photographie naturaliste quand, clac, le compteur a disjoncté. C'est ma faute, j'avais oublié dans mon trouble que lorsque j'allume la bouilloire (oui, mon invitée avait préféré du thé vert au verre de bière proposé), il me faut penser à éteindre le chauffage que j'avais poussé à fond dans l'éventualité de... d'avoir à être moins habillé.
Nous voilà donc tous les deux, assis, cote à cote sur mon minuscule canapé, dans le noir. Avec n'importe qu'elle autre déçue par ma collection de papillon, j'en aurais évidemment immédiatement profité, mais avec elle... j'ai eu honte, une intense honte m'a submergée, si elle allait croire que c'était prémédité? Je ne savais plus quoi faire, où me mettre, comme cette ampoule qui grille, disparaître complètement, sans laisser de trace, n’être jamais né. Qu'allait elle faire? Me gifler? S'en aller? Non, elle a sorti un briquet de sa poche et à sa lueur a repéré une bougie cadeau de ma mère, anti tabac, ou citronnelle, je ne sais plus, qui traînait dans le bazar de la table basse.
Vous avez raison, c'est plus romantique comme ça, et puisqu'on ne peut plus faire d'eau chaude, puis-je partager votre bière? Dit-elle en attrapant ma canette.
J'ai rien dit, mais j'ai compris qu'elle était hors catégorie, inclassable dans mes à priori. Du coup, je n'ai pas été surpris lorsqu'en partant elle m'a dit: samedi, je fais une balade-photo, ça vous dit? Pour le retour, je mettrai de la bière au frigo, apportez donc une chandelle.
D'un seul coup, j'ai retrouvé confiance en la vie, envie de croire que je pouvais encore être surpris, vivre des belles choses. Du reste je ne peux pas dire que je sois spécialement malheureux : grâce à Dieu j’ai toujours été en bonne santé. Mais là c'était différent, ce n'était pas l'absence de malheur, c'était vraiment le bonheur qui cognait à mon cœur. Ah au fait, elle s'appelle yousra.

Amray, 21 avril 2012

 

Ces trois textes devaient contenir

Trois phrases extraites des chroniques d’Antonio Lobo Antunes :
1/ Je ne sais pas ce que serait ma vie sans ma collection de papillons.
2/ Comme une ampoule qui grille, disparaître complètement, sans laisser de trace, n’être jamais né.
3/ Du reste je ne peux pas dire que je sois spécialement malheureux : grâce à Dieu j’ai toujours été en bonne santé.

(exercice de l'atelier d'écriture).

 

 

 

Par entre nuage et pluie - Publié dans : Martha
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Vendredi 20 avril 2012 5 20 /04 /Avr /2012 19:34

 

J'aime t'être nue, la chaleur de ta peau

comme seul manteau.

J'aime quand tu m'arrives matin

petite escale surprise sur mon chemin.

J'aime quand tu me viens

et que se conjuguent ton plaisir et le mien.

J'aime quand tu m'évanouis et que le plaisir me tait

j'aime moins que tu me dépêches, mais nul n'est parfait.

Je raffole que tu m'envoles

alors mes rêves décollent!

Mais je n'aime pas quand tu m'absentes,

ma solitude se violente,

par ce silence cruel,

tu me rebelles!

Jusqu'au jour où tu me danses,

chaque pas, j'apprends la confiance.

Alors pour toujours, j'aime toi.

 

19-20 avril 2012

 

les cowboys fringants: Hanna

 

"la solitude c'est qq chose d'assez déprimant

ça d'vient une habitude mais on s'y fait jamais vraiment

si les étoiles reviennent je te jure que je te les décroche

pour apaiser ta peine j'en glisserai une dans ta poche

en attendant dors bien, on se reparle demain."

 

 

 

Par entre nuage et pluie - Publié dans : du sucre plein les poches
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 17 avril 2012 2 17 /04 /Avr /2012 10:23

 

075.jpg

 

Il y a des jours brumeux, des jours où aucun phare ne perce le brouillard, des jours où le contour des cotes reste indiscernable. Alors on se croit seul. Parfois, un faible son atténué traverse les nuées qui s'évaporent de la mer pour rejoindre des cieux déjà bien encombrés. Si le soleil se lève, il se répand immédiatement en un halo liquide et aveuglant. On perd tous ses repères, ne pouvant le situer et en déduire le nord. Voilà, seul, entouré d'eau, perdu, déboussolé, il serait vain d'avancer, dangereux même, les rochers, eux, ne se sont pas liquéfiés, en cas de collision, on risque le naufrage.

Alors, je jette l'ancre, je largue mes amarres. Tant pis si la houle me bouscule, j'en ai marre d'être ainsi balloté de marée en marée. Ne sachant plus que faire, où aller, je laisse la mer prendre le gouvernail, le vent lisser les voiles. Moi je me roule en boule sur le pont. Le roulis me brinquebale, et j'attends, j'attends. J'attends que la mer me prenne en charge. Pour elle je ne suis qu'un faible brin de paille, je ne pèse nullement à son dos de géant qui relie les continents, elle peut bien faire ça pour moi: cesser de me secouer, et doucement, doucement, me bercer. Alors je m'abandonne en toute confiance, je sens qu'elle me pardonne mes erreurs, mes errances et je m'endors sereinement.

Lorsque je m'éveillerai, le brouillard peut-être sera levé. Je verrai les cotes toutes proches, les amis qui me font signe sur la jetée, qui guident ma barque pour que j'accoste, qui me tendent la main pour me sortir de cette petite galère sur laquelle j'avais embarqué, un matin de chagrin.

 

JiM, 17 avril 2012

 

brouillard d'automne anne sylvestre

 

 

Par entre nuage et pluie - Publié dans : du sucre plein les poches
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 8 avril 2012 7 08 /04 /Avr /2012 16:57

 

DSCN9970.jpg

 

Loin des Frontignes

 

Bouger, quitter nos frontières,

cela pourrait se faire,

si seulement Pays se figeait,

comme dans les contes s'endormait,

au retour, on reconnaîtrait sa Terre!

 

Changer, muer loin des Frontignes,

mais quand Pays nous reverra

est-ce qu'il nous reconnaîtra ?

Peut-être nous rejettera-t-il

comme personnes étrangères,

si les souvenirs d'exils

nous éloignent trop de nos frères?

 

Apprendre, grandir loin des Frontignes,

mais quand au Pays on revient,

Est-on encore aimé des siens?

Pont, sur l'absence jeté

tend vers la rive opposée

Temps d'exil lentement coule,

bien amère traversée.

 

Pleurer, crier loin des Frontignes,

fils tendus aux nuages

pensées aux doigts des funambules

lancent leur défi aux âges

et les jours, perdus comme le vent,

reprendront sans préambule

leur cours interrompu.

 

S'ouvrir, créer! Évoluer! loin des Frontignes,

alors quand Pays nous reverra...

il nous adoptera.

 

 

 

les cowboys fringants 8 secondes

 

 

 

Par entre nuage et pluie - Publié dans : du sucre plein les poches
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 26 mars 2012 1 26 /03 /Mars /2012 18:15

DSCN9946.jpg

 

 

L'amour est une petite chose fragile en moi, vite menacée, vite dévorée par l'ogresque appétit de mes ambitions, de mon égo. Pour protéger la fragile étincelle de l'amour, il me faut du temps, du calme, de l'attention à moi-même et aux autres. Je dois la protéger des vents contraires qui trop fort soufflent sur elle et risquent de l'éteindre à tout jamais.

A tout jamais, non, pas vrai. Mais il est beaucoup plus difficile de rallumer un feu que de propager une flamme. Je dois veiller aussi à ce que rien ne l'étouffe, lui ménager des temps de respirations, de repos.

Ça implique d'aller régulièrement à la rencontre des autres, mais aussi de moi même, dans le silence, dans la douce pénombre d'un grand arbre. à l'automne, ses feuilles tombent et il me permet de prendre l'une d'elles. Il me dit "écris, écris dessus en encre de sève, écris vite tes mots d'amour avant qu'ils ne s'envolent aux tempêtes hivernales". Alors je les écris, docile, pour en retrouver le goût quand le soleil cogne trop fort, quand dans la brouillasse je me perds, ou quand la pluie m'invite au repli, à l'abri. Par le don d'une feuille d'automne, mon arbre m'offre de défier les saisons en gardant intacte, en moi, cette petite chose fragile qu'est l'amour.

 

Martha; le 24 mars 2012, dans les champs.

 

musique: khaled mouzanar semeur des champs arides

 

 

 

 

J'aurais aimé SAVOIR m'éloigner des impossibilités

pour POUVOIR mieux m'approcher des possibles.

 

J'aurais aimé que tout soit possible.

J'aurais aimé que "TOI" soit possible.

J'aurais aimé être ton possible.

Élargir l'horizon,

partir, évasion,

ouvrir la fenêtre...

 

JiM; le 25 mars 2012, dans les champs.

 


Par entre nuage et pluie - Publié dans : du sucre plein les poches
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 11 mars 2012 7 11 /03 /Mars /2012 14:50

 

Rentrant du travail à grands pas rapides, conformément aux campagnes « manger-bouger » et « l'énergie est notre avenir », perdue dans mes pensées, j'avais perdu mon chemin aussi. S'il m'est habituel de me perdre en voiture ou en vélo, à pied c'est beaucoup plus rare. Et pourtant peu à peu les buissons remplacèrent les maisons, les grands arbres les immeubles, et le goudron laissa place à un sentier de terre et de pierres. Je ne m'étais encore rendue compte de rien lorsqu'il apparut. Sorti de nulle part, allant dans la même direction que moi, calant ses pas sur les miens, il imposa sa présence. D'abord agacée -il me sortait de mes pensées!, et l'évidence s'imposait à ma conscience: j'étais perdue!-, il m'apparut ensuite comme une planche de salut. J'étais perdue, oui, mais pas seule. S'il était honnête et respectueux, il m'aiderait à sortir de ce mauvais pas.

 

C'est alors qu'il me dit: qu'est ce qui ne va pas?

Ce qui ne va pas? C'est évident! Je suis perdue! Ça ne se voit pas? Jamais entre mon lieu de travail et mon chez moi je n'ai eu à passer par les bois, je ne sais même pas comment je suis arrivée là.

-D'accord, vous êtes égarée, cela va de soi, mais dans votre vie, qu'est ce qui ne va pas?

 

Honnête et respectueux, il n'avait pas l'air d'avoir pour projet de m'agresser ou me tuer pour me voler les trois sous que j'avais en poche ni pour son propre plaisir, le loup du bois était en plus prêt à m'écouter. Arrive t-il de rêver en marchant entre la maison et l'école? La tentation était forte de vider mon sac aux oreilles de ce compagnon de trajet que je ne reverrai sans doute jamais. C'est ce que je fis. Je lui confiai tous les "trop", les trop plein, les trop durs, les trop longs, et aussi les "pas assez" qui faisaient tanguer ma vie entre épuisement et euphorie. J'en avais marre, marre, marre...

Marre de tout bien faire, le ménage, les manifs, les repas bios, économiser l'énergie, tout réfléchir, tout contenir, tout calculer en pensant aux autres, à la planète, aux générations futures; ferme la lumière c'est du nucléaire, 3 minutes de clarté, 3 cents milles ans de terres polluées. Marre de me chercher des justifications égoïstes, la marche c'est bon pour la santé, à plaquer sur mes injonctions altermondialistes, tu vas pas prendre la voiture, participer au pillage des ressources et à l'exploitation des peuples du sud pour 3kilomètres. Marre de culpabiliser parce que je vais au supermarché, marre de faire comme s'il était normal de ne voir l'homme que j'aime de passion que 2 fois par mois. Marre, marre, marre... marre d'essayer d'être exemplaire et en même temps de me taire. Marre qu'on impose par la culpabilisation aux petits et aux pauvres des efforts dont on dispense les riches et les puissants. Tout cela est fatigant, épuisant. Petit pantin désarticulé flotte sur le fleuve de vos envies, de vos désirs, en lui, plus aucune vie.

J'aimerais bien, de temps en temps, arrêter d'organiser, de planifier, me laisser aller, manger des plats malbouffe tout près et trop salés, réchauffés au micro-onde et laisser la casserole trainer 3 jours dans l'évier. Laisser les manifs passer sous mes fenêtres et laisser le petit pantin sur une belle plage s'échouer. Je rêve de "pas là", abonnée absente à l'annuaire (ça ne sonne que pour des pubs!), sonnette résonnant dans le vide, et moi... faire la morte pour mieux retrouver ma vie, rejoindre mes désirs, mes envies à moi, mes rêves de plaisir, mes idées folles et tant pis si elles sont irréalistes, les peindre, les écrire, les dessiner, les danser, les crier...


Après ma longue litanie il laissa un grand silence et prit ma main dans la sienne, sans cesser d'avancer, comblant ainsi un manque, réalisant mon rêve d'être deux sur le chemin, d'être épaulée, aidée, soutenue, mais dans le respect de ma liberté.

 

Puis, point par point il reprit mes envies, mes regrets, mes trop plein et mes pas assez pour rétablir l'équilibre. Comme un confesseur médiéval il débita un long questionnaire dont je n'ai plus en mémoire que des extraits:

-prends tu chaque jour un jet privé pour te rendre à un cocktail dépensant en quelques minutes de quoi subvenir aux besoins et à la dignité de milliers d'êtres humains? Non.

-forces tu une entreprise à des bénéfices à deux chiffres en privant les travailleurs de la juste rémunération de leur labeur? Non.

-affrètes tu des camions de tomates italiennes vers le sud de la France et inversement? Non.

-fais tu voter au parlement des lois antisociales afin de contrôler les populations par la précarité et la peur? Non.

 

Il sortit alors un long listing informatique de sa poche: ce sont les nouveaux péchés capitaux. Les temps changent, tu ne mets pas le monde en danger par ta gourmandise, mais en voulant des fruits hors saison, si. En vertu de ces commandements, je t'autorise:

À prendre ta voiture lorsque le temps est dur et ta fatigue intense, même si tu le faisais tous les jours, ce qui est loin d'être le cas, tu dépenserais moins que le camion de tomates italiens.

À manger des surgelés, et même des conserves quand le temps de cuisiner te manque, tu nuiras moins aux producteurs locaux que l'actionnaire de chez Danone.

À quitter celui que tu aimes entre deux rencontres, en pensées, en actes, pour vivre ta liberté, tu économiseras tes forces et tes larmes, tes enfants t'en seront reconnaissants, et tes amis aussi.

À chauffer ton logement confortablement, tu n'atteindras même pas en un an la consommation d'un seul plein de jet!

Cette fois encore, ma mémoire n'a retenu que des bribes.

 

Ces mots prononcés, sa main quitta la mienne et imprima dans mon dos une légère poussée qui me fit sortir de cette forêt magique. Le paysage s'inversa. Les maisons, les immeubles et le goudron reprirent leurs droits et mes pas leur logique.

 

Arrivée sur la place du village, les cloches de l'église sonnaient, le souvenir de la parenthèse fantastique que je venais de vivre s'estompait, seuls les derniers mots de l'homme, ceux qui m'autorisaient à transgresser les lois de mon groupe tout en effaçant toute notion de culpabilité restaient en ma mémoire. Affolée par cette liberté, pour avoir un autre avis tout autant que pour pouvoir revivre mon aventure par l'évocation, je me précipitai en l'église à la recherche d'un confesseur. « Je crois que j'ai rencontré le diable, avouai-je à l'homme d'église » en lui racontant tout ce dont je me souvenais.

 

Après m'avoir attentivement écoutée, il me demanda de fermer les yeux et de respirer calmement. De sa personne émanait un parfum de sous bois et de fleurs de printemps. Avant de disparaître il me dit seulement: « êtes vous sûre qu'il s'agissait d'un démon? Ne serait-ce pas plutôt un Sage que vous auriez rencontré? ».

 

 

 

11 mars 2012.

 

PS1: Remise en forme qui remplace et annule un texte précedent, ne le cherchez donc pas.

 

PS2: je sais, je sais, comme me l'a fait si justement remarquer ma fille, je mélange les 7 péchés capitaux et les 10 commandemants, c'est fou ce qu'ils apprennent à l'école maintenant!

 

PS3: pour réparer ces "fautes" tout de même, j'ai rempli mon bulletin d'inscription aux "paniers de légumes des jardins de cocagne"; si vous ne connaissez pas, cherchez ces mots dans link pas dans google

 

 

joe mckenna echos calling

 

 

 

Par entre nuage et pluie - Publié dans : du sucre plein les poches
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 8 mars 2012 4 08 /03 /Mars /2012 12:40

Histoire naturelle, immuable, figée, comme au muséum. De l'arbre au gland et du nuage au vent. Histoire élémentaire, de tempête et de sentiments. Vraiment? Vous n'y croyez pas?


Trente petits visages se tendent, inquiets, vers l'institutrice immobile qui regarde fixement par la fenêtre le seul arbre de la cour. Ils attendent.

-"Je vais vous raconter une histoire", mais pas comme celles de votre livre de lecture courante, histoires d'un quotidien trop présent, ni comme celles du livre d'Histoire, grands faits et grands gestes d'un passé surnaturel pour vos yeux émerveillés.

Un instant rassurés, les jeunes corps s'agitent dans ce nouveau silence, mordillent leurs crayons, s'impatientent. Il est temps que l'histoire commence.

-"Voilà, c'est l'histoire d'une princesse, comme le sont toutes les petites filles, au moins dans leurs rêves. Elle vécu quinze années à l'ombre d'un grand arbre, un chêne, si vous voulez, au tronc puissant et à l'ombre rassurante. Elle se sentait protégée de la forêt avoisinante qui lui faisait très peur. Mais parfois, lorsque le vent soufflait en tempête, tombaient des branches mortes. Alors elle ne pouvait que protéger sa tête, et attendre que cela cesse.

Un jour, elle en eût assez. Elle fit provision de forces, de courage, se leva et risqua quelques pas à distance du chêne. Que cherchait-elle? Peut-être un peu de tendresse, chose que son arbre ne lui avait jamais donnée.

Ce pas de coté de son pied pourtant léger ébranla la terre et déclencha une formidable tornade. Elle couru se mettre hors d'atteinte des colères du grand arbre, mais les branches et les buissons, agités par le vent, giflèrent son visage.

La princesse continua à avancer ainsi, jusqu'à ce que se calment les éléments, jusqu'à l'apaisement de la nature. Maintenant elle faisait face, et ses bras étaient libres de la défendre. Elle était seule dans la grande forêt, mais indépendante et responsable."

-"Et il est où le Prince charmant?", demanda une innocente petite voix.

Le silence de nouveau emplit l'espace de la classe, un silence qu'aucun apprenti citoyen n'osait briser pour demander:
-"Et pourquoi tu pleures maîtresse?"

-"Allons, maintenant taisez-vous, dit-elle à la classe silencieuse, et sortez vos livres d'histoire naturelle."


légère révision d'un texte du 13 octobre 2006.

 


 
Par entre nuage et pluie - Publié dans : du sucre plein les poches
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Samedi 25 février 2012 6 25 /02 /Fév /2012 16:21

 

003.jpg

 

 

Avant que le dépit m'emporte, où ne vont même pas les feuilles mortes. Avant qu'à l'espoir, je claque rageusement la porte, j'avais pensé à tout. À tout ce qui occupe ta vie et qui t'empêche de penser au temps qui passe. J'avais espéré aussi beaucoup. J'avais espéré surtout pour toi, que ta vie ne soit pas ce bagne, cette longue litanie que tu déroules lorsque tu reviens vers moi pour excuser ton silence. J'avais souhaité pour toi des moments doux soleil pour tes jours, des moments tendresse d'étoiles à tes nuits.

J'avais pensé à tout, j'avais espéré tout, mais j'avais oublié... tes moments de replis!

Ces moments dont j'ignore tout pour n'en être jamais, ni témoin, ni dépositaire de leur secret. Ces moments rien qu'à toi que personne jamais ne te volera. Ces moments pendant lesquels la fatigue me servait de compagne. Présence à part entière d'une douce lassitude qui inhibe la colère, les yeux enfin secs qui se ferment dès qu'on s'écroule. Ces moments que je te dis, que je te crie, que je te décris et t'écris, à toi... qui ne me dis rien, jamais rien, de ce que sont les tiens.

 

 

consigne: « Ce n’est pas parce que tu n’as rien à dire qu’il te faut tenter de l’écrire. » Miossec

 

musique: danielle messia "j'voudrai m' poser"

 

 

Par entre nuage et pluie - Publié dans : mot d'absence
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Présentation

Recherche

Calendrier

Mai 2012
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Créer un Blog

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés