Samedi 7 novembre 2009 6 07 /11 /2009 23:04


Nathan n'attend plus.

 

Il ne passe plus tout son temps à attendre que la vie se fasse plus tendre. Ou plutôt, il a appris au fil des années à le faire sans que cette attente l'empêche d'exercer d'autres activités. Il est maintenant un homme inséré dans la société, il a un travail, il va au cinéma, il est comme tout le monde. Il passe pourtant aujourd'hui devant l'ouvreuse de l'église de Valcabrère, comme avant, comme au temps de sa folie où il cherchait en ce lieu l'apaisement. Le reconnait-elle ou pas? Il ne parle pas, il porte contre lui un gros pot de chrysanthèmes, et en ce jour de Toussaint, elle le laisse passer sans payer. Il se dirige alors vers la plus vieille tombe, une de celles qui n'a pas d'inscription. Il y pose son pot de fleurs-alibi et tombe en méditation.

 

Des chemins s'ouvrent alors à lui. De Valcabrère à Troubat, la falaise-école, il longe un sentier escarpé et rocailleux, dangereux. Chaque pas est un risque, et même douloureux. La roche acérée est tranchante sous ses semelles. Bientôt le sentier s'arrête, sur sa gauche une galerie pénètre dans la roche, quelques pas plus tard, alors qu'il débouche sur une salle troglodyte, il sent une vive douleur s'abattre sur lui. Les bourreaux de la vie sont là, tapis dans l'ombre ils n'attendaient que lui, ou quelqu'un d'autre, qu'importe, mais il leur fallait une tête sur laquelle faire tomber les coups du sort. Leur bâton cogne jusqu'à ce qu'il plie les genoux. Relevant la tête il voit, non loin de là, plaqué à la roche, JiM qui assiste impuissant et muet au sort qui lui est fait. Rassemblant ses forces Nathan défie alors ses bourreaux et leur dit "allez-y, je n'en serai que plus tendre, plus doux, vous n'atteindrez pas mon caractère, ni ma dignité". Les bourreaux de la vie, déstabilisés, cessent alors les coups qui broient les os et le mèneraient rapidement à la mort. Un temps qui semble une éternité à Nathan en proie à l'angoisse, ils semblent se concerter et décider de son sort, avant de commuer sa peine. Il ne lui infligeront que leur fouet qui ne mord que la peau. Pour JiM vers qui il se tourne, Nathan ne cesse de sourire. À aucun moment il ne maudit l'existence, et les bourreaux de la vie se lassent avant lui.

 

Main dans la main, Nathan et Jim se dirigent vers Bramevaque. Le lieu s'y connait en cruautés, chaque pierre en garde la mémoire. C'est vers le domaine du cerf qu'ils se dirigent. Sous un chêne, sur son tapis de feuilles ils s'aiment vite, vite, déjà ils entendent les aboiements des chiens de chasse. Si les rejoignent les chasseurs ils n'hésiteront pas à tirer et à faire passer pour accident leurs sanglants trophées. Les chasseurs n'aiment pas la différence et la traquent sous toutes ses apparences. Courent, courent JiM et Nathan, dans le chemin creux qui mène à la source, et arrivent sains et saufs au village.

 

"Monsieur, monsieur" appelle l'ouvreuse avec douceur, "je dois fermer maintenant, vous sortez ou vous escaladerez?" dit-elle en posant une main affectueuse sur l'épaule de Nathan qui réintègre les lieux.

 

"Je sors, madame, je sors", répond Nathan très poliment. Et sortant du pot de chrysanthèmes un petit bouquet de colchiques il les lui offre en disant: "Souriez à la vie, madame, elle n'aime pas qu'on lui fasse la grimace, et si parfois elle est dure avec vous, dites-vous que c'est pour vous rendre plus tendre". Il lui envoie un grand sourire puis il la plante là, les colchiques à la main, et reprend son chemin, sans savoir où mèneront ses pas.

 

7 novembre 2009

 

fait suite à ce texte: Le néant de Nathan 

 

photo: Troubat vu depuis le chateau de Bramevaque.

Par entre nuage et pluie
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander
Jeudi 5 novembre 2009 4 05 /11 /2009 13:05



Avec le sourire, je vous écoute attentivement, mais dorénavant j'élude vos questions. Je souris, je me sens douce et calme, tranquille, comme j'aimerais être dans votre souvenir: celle qui avait à cœur d'adoucir les réalités. Je suis là pour encore quelques temps, je vous aimais bien, mais mon regard est déjà loin. Il apprivoise d'autres lieux, imagine d'autres visages, espère, bien forcé, en d'autres chemins. Peu à peu je dénoue mes attachements pour ne pas avoir à souffrir leur brusque arrachement. En répondant par mon silence, je prépare l'habitude de la distance qui bientôt nous séparera. Peu à peu vous saurez de moins en moins de moi.


Alors je m'éclipserai, personne n'y prendra garde. Le dernier soir, je franchirai le portail sans aucun au-revoir, comme on quitte sur la pointe des pieds la fête qui bat son plein, et j'y laisserai la clé.


Je suis partie.

 

à mes bientôt ex-collègues...

 

 

photo lac de Barbazan : Claire

Par entre nuage et pluie
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires - Recommander
Lundi 2 novembre 2009 1 02 /11 /2009 18:52


Quand une lettre tombe

 

Non ce n'est pas douleur, c'est la douceur du cœur qui s'épanche en silence. Ce sont tous les regrets qui n'auront nul tombeau, n'en déplaise au maître violiste, nul endroit jamais où déposer le chagrin des matins qui finissent. Pas de fleur, pas de tombe pour les possibles jamais advenus. Verrait-on une femme honorer ainsi les enfants qu'elle n'aurait pas eu? Même si l'idée parfois lui en était venue.


Non ce n'est pas révolte cette envie de demain, ce n'est qu'une récolte d'amour par temps chagrin. Vite, vite avant la pluie, quand on rentre tout le grain, toute la moisson dans l'urgence des nuages plus très loin. Quel paysan crierait colère, d'avoir pu sauver son labeur et remiser à l'heure les repas de l'hiver? Même s'il regrette la fête sous le soleil partagée, il ne fera pas la tête aux cieux qui n'étaient pas de son coté.


Non ne croyez pas que je déplore ce que la vie ne m'offrira pas, c'est jusque que je déflore à peine l'idée de me résigner à son pas. Laisser là tous les chemins qu'on rêve de gazon soyeux, pour continuer chacun notre sentier caillouteux. Alors que je donnerais volontiers à la Terre, 20 ans des pas qui me mèneront au cimetière, pour le seul bonheur de vieillir à deux.


Ma triste chanson vous paraît trop amère?

j'aime pourtant la vie et chacun des pas

qu'ensemble faisons sur cette terre austère

le caveau des regrets je ne fleurirai pas.


2 novembre 2009

sur un thème de l'atelier "écrire ensemble"

et peut-être aussi sur cette photo vue dans l'après midi sur le blog "du bleu dans mes nuages": link

 

 

Par entre nuage et pluie
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires - Recommander
Lundi 2 novembre 2009 1 02 /11 /2009 17:07
Par entre nuage et pluie
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Vendredi 30 octobre 2009 5 30 /10 /2009 22:38

Vous prendrez de mes nouvelles?


C'était aux huitièmes Journées de la Littérature Jeunesse et de L'Écrit à Saint Bertrand. Je me promenais, dès l'ouverture, avec mon fils, sous les chapiteaux glacés par le vent qui s'y engouffrait. Le public n'était pas encore arrivé, les auteurs avaient fini de s'installer et attendaient en bavardant. Nous regardions d'un œil glissant les livres exposés. C'est en sortant du grand chapiteau qu'on l'a vu. Il était caché entre une pile de chaises superflues et des tas de sables abandonnés là par le cantonnier. Il fumait. Un bonjour de courtoisie engagea une conversation de pure circonstance, nous étions là, trois gars, trois générations, dans l'attente d'une journée qui promettait d'être effervescente, voire même fatigante. « bonjour, fait pas chaud, non mais par chance il ne pleut pas, vous êtes exposants, oui là bas, moi je suis auteur, c'est votre fils, oui il a 14 ans... » De fil en aiguille, ou plutôt de cigarette en beau temps, nous en arrivâmes à la lecture. C'était quand même la raison d'être de la Journée et normalement la passion commune qui nous réunissait. « Des nouvelles, ah tiens! Il aime lire des nouvelles ce jeune homme! C'est si rare que je n'ai emmené que des romans, j'ai laissé mes livres de nouvelles chez moi, parce que ça ne se vend pas. Et pourtant...


Il était lancé. Les premiers visiteurs arrivaient mais il semblait ne pas s'en inquiéter. Il était parti dans une étude des romanciers et novellistes sud-américains. Je me souviens, disait-il, dans un livre de Gabriel Garcia Marquez, dans le prologue, il dit qu'il est aussi difficile d'écrire une nouvelle que le début d'un roman. Dans les premiers paragraphes d'un roman, il faut tout définir, le style, le ton, la structure, le rythme, la longueur, et même parfois le caractère d'un personnage. Une nouvelle c'est pareil, on livre tout en très peu de temps et soit ça fonctionne, soit ça ne fonctionne pas, et si ça ne fonctionne pas, vaut mieux tout recommencer, ou même jeter le tout à la poubelle... Son voisin de stand l'appela: « Christian! T'as un client! ». Il partit.


Gabriel Garcia Marquez, j'avais lu, même deux fois, Cents ans de solitude. Je suis affreux quand je lis. Le stéréotype parfait du gars dans son fauteuil, retranché derrière son journal, fumant sa pipe et qui n'entend plus rien du monde environnant. Et bien voilà, pareil, sauf que moi c'est avec les livres et que je ne fume pas la pipe. Pareil et même pire. Une fois que j'entre dans un roman, je ne peux plus en sortir. Quand je pose le livre, par obligation, je continue à vivre dedans, à m'y voir, à voir la vie par son prisme. Je peux lire en tournant une béchamel ou en surveillant le bain des enfants, complètement absent à ce que je fais et même à ce que je suis. Au point que j'hésite à ouvrir un roman, je me garde ce plaisir pour les vacances, les maladies ou les déplacements professionnels.


Je pensais à tout ça en rejoignant mon stand: un atelier de fabrication de marques-pages. J'y trouvai mon grand garçon qui s'était arrimé là comme à un port d'attache, plongé dans la lecture du recueil de nouvelles qu'il avait emporté avec lui, prévoyant. J'avais eu beau lui dire : tu sais, on va à la Journée de la Littérature, des livres tu en trouveras, et je suis prêt à t'en offrir un, si tu veux. Il avait tenu à emporter le sien.


L'après-midi, à la faveur d'une pause, je trouvai des livres vagabonds abandonnés çà et là un peu partout dans le village, contenant un étrange marque-page: « Je suis là pour vous, pour une rencontre de quelques lignes ou plus si affinités, vous pouvez m'emporter, me garder, me donner, ou me rapporter l'an prochain si le cœur vous en dit. » J'avais en main un recueil de nouvelles. Je l'ouvris, sceptique. Comment en si peu de mots l'auteur pourrait-il me prendre aux filets de son univers? J'essayai pourtant, une nouvelle d'une dizaine de pages que je dévorai, sur place, oubliant le monde autour de moi. Un condensé de rêves! Et le dernier mot encore imprimé sur la rétine, la liberté de retourner à la vie ou de tourner la page vers l'histoire suivante. Ce fut une révélation. Même si ça manque de correction, j'ai parcouru toutes les rues du village pour ramasser tous les livres de nouvelles en me promettant bien de les ramener l'an prochain.


Je suis rentré avec ma cargaison et c'est là que tout s'est compliqué. Pas tant à la maison, ma femme se fit vite au fait de trouver des bouquins abandonnés partout, ouverts face contre table pour garder la page. Et oui, au passage, l'usage du marque page ne m'était pas habituel, même si j'en faisais confectionner aux enfants. L'appartement était envahi de livres, j'entamais un recueil au salon, un autre dans le couloir... on en trouvait dans les endroits les plus improbables, sur le recoin du lavabo, sur la paillasse de la cuisine... N'ayant aucune dévotion pour l'objet livre, je leur menais la vie dure. Mais c'est au boulot que ça coinça. J'étais vendeur de baignoires dans un super marché de bricolage, autant dire que ce n'était pas la cadence infernale. Je pouvais donc lire un peu entre deux clients. Un roman, certes non, mais une nouvelle... Allez, celle-ci ne fait que 8 pages, sûr que personne ne voudra une baignoire neuve avant 8 pages! Plongé dans ma lecture, j'avais laissé passer le client... Au bout de quelques mises en gardes, mon chef perdit patience et l'on me licencia.


À la maison à plein temps, je n'en profitai ni pour chercher un nouveau travail ni pour faire le ménage. À force de lire, je me mis à écrire, et c'est mon ménage pour le coup qui en pâtit: ma femme partit. J'étais apparemment encore plus insupportable en écrivant qu'en lisant.


...


C'est la dixième JLJE, je suis assis à coté de Christian. Il se rappelle de mon gamin, le lecteur de nouvelles, et me demande comment il va. Je commence à raconter, il va bien, il est en première L...

Christian m'interrompt en riant: « quand j'étais au lycée c'était un peu la rivalité entre les sections, tu sais ce qu'on disait sur les Littéraires: les Scientifiques inventent le carton, les Techniques le fabriquent, les Sciences Eco le vendent, et les Littéraires dorment dedans!! »

Ça le fait rire! Moi j'étais en L, c'est pour ça que je ne sais pas bien vendre les baignoires, et pour se venger on racontait autrement l'histoire: « les L écrivent un livre, les techniques l'impriment, les SES le vendent, et les S comptent les pages!! » Mon fils qui vadrouillait par là, arrive et apporte sa version: nous on dit que les S inventent le carton, les Techniques le fabriquent, les SES essayent de le vendre, les L écrivent dessus, et on dort tous dedans parce que c'est la crise!!


L'éclat de rire sur notre stand attire les sourires des visiteurs, un enfant s'approche et me demande: -et vous Monsieur, qu'est ce que vous écrivez?

-Et bien j'écris des petites histoires, tu vois, ça s'appelle des nouvelles, regarde...


C'est alors que j' entends Christian murmurer: ouais, même que ça s'vend pas... (et heureusement!!)


30 octobre 2009

 


Par entre nuage et pluie
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander
Mardi 27 octobre 2009 2 27 /10 /2009 18:55
JiM la compagne main tenant chaque matin
le regard d'où déjà lorsqu'elle passe l'apporte
avec lui, au partage injuste départ.

Elle guide ses pas sages sur le chemin,
comme mère veille sur ses jours
et de ses six lances protègera son parcours.


26 octobre

Bon, demain, fini de rire, retour aux choses sérieuses, ah mais!!


Par entre nuage et pluie
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander
Lundi 26 octobre 2009 1 26 /10 /2009 14:09

Le secret de JiM.

 

Devrais-je vous taire,

oh paradoxe ultime,

le dernier secret de JiM?


Je l'implorais en ma douleur, avant que de couler dans le sombre lac de mes pleurs. Il m'accueillit en son silence, et me berça doucement pour soigner ma transe, comme on ferait à un petit enfant souffrant. Les mots étaient sortis, je les avais jetés avant que leur poids à mon cou ne m'entraîne aux fonds vers l'asphyxie. Je les avais jetés avant de comprendre l'inutile cruauté de mon geste.


J'étais au bord du lac, JiM me posa à terre, une fois qu'en moi fut apaisée toute colère. Il devina alors ma question muette.


Face aux multiples opinions, aux avis divers, que pourtant je n'avais pas sollicités, sachant qu'ils me menaceraient de fragilité, comment savoir où j'étais, qui j'étais, comment rester entière bombardée de différentes options? Comment ne pas exploser sous les contradictions? Comment mes pensées, qui explorent chacune des autres peuvent-elles ne pas se morceler, et perdre en route leur unité?


Me pencher sur ce lac, y voir mon reflet pourtant calme sur ce sombre miroir, ne m'était d'aucun secours, il me fallait un autre recours.


Alors JiM murmura en mon oreille ce limpide secret: que chaque homme est l'unique propriétaire de ses pensées, elles n'influent que sur lui, et les entendre, les écouter, ne risque en rien de me modifier. L'onde sonore ne fera vibrer que mes tympans, si je leur laisse l'entière liberté de paroles qui n'engagent qu'eux même, aucun risque pour mon cerveau d'en être ébranlé.


Laisser à l'autre et à chacun l'entière liberté de ses dires et ses pensées, et conserver la mienne. Cette liberté a pourtant un corolaire qu'il faut accepter, ajouta JiM en baissant encore la voix, pour ne pas troubler l'onde calme du lac: ne jamais, jamais, essayer d'amener quelqu'un dans le cercle restreint de nos propres pensées.


Mais veiller ainsi au respect des libres arbitres était-il pour toujours renoncer à toute forme élaborée de communication? Devions nous faire le deuil du partage et de la compréhension? Encore plus se passer de l'approbation des autres? Chacun, seul, avec ses pensées, isolé?


Il me sourit pour dernière réponse, et sur ses lèvres je pus lire cette dernière pensée articulée: que parfois, très rarement il est vrai, se frôlent par hasard les cercles de pensées de deux humains, et que se créent ainsi des univers communs, mais c'est si gracieusement rare qu'il vaut mieux ne pas trop en parler...


J'ai repris le chemin du siècle, le problème était bien plus général que je ne le pensais et nullement circonscrit aux incompréhensions liées au statut social.(cf JiM, le silence et moi). Mais maintenant j'avais une solution, plutôt que de jeter les mots trop lourds au visage de qui me les proférait, je pouvais en pensées visiter les abords de mon lac, y graver jusqu'à l'épuisement les mots reçus sur les plus lourdes caillasses et les jeter au fond, sans regret et sans dégâts, puis depuis la rive contempler en un sourire la surface retrouver son calme lisse. J'avais entendu, écouté, poliment acquiescé, comme l'exige la société, ensuite, il n'appartenait qu'à moi de n'en faire qu'à ma tête!

 




26 octobre 2009

Par entre nuage et pluie
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Dimanche 25 octobre 2009 7 25 /10 /2009 10:47

Portrait n°2-la fripière

 

Fallait la voir enfant, partant au cours de danse, le tutu rose déjà mis sous son pantalon battle dress de couleur kaki. Arrivée au vestiaire, elle ôtait ses larges chaussures de montagne et glissait ses pieds dans de fines ballerines. Des mercredis de petite fille studieuse aux dimanches sportifs et virils du scoutisme, elle était comme ça: multiple et enthousiaste pour tout.


L'adolescente sut imposer son style face aux gamins férus de marques de fabriques. Au tri des vêtements qu'on lui donnait, elle gardait tout et savamment superposait, styles, épaisseurs, tailles et couleurs, elle mélangeait en un look très personnel. Douée d'un aplomb hors du commun, elle n'eut jamais aucune réflexion désobligeante de la part des autres collégiens.


Pareille maintenant, elle n'aime rien de mieux que les vêtements d'hommes qu'elle récupère aux dépôts de la misère. Elle ne dépense rien pour ses tenues vestimentaires. Exception faite des sous-vêtements: par mesure d'hygiène, on n'en trouve pas chez Emmaus. Alors elle les choisit très féminins, portés sous ses pantalons et chemises de mec. C'est sa façon de se dire que les apparences peuvent tromper. On peut même pas dire que c'est pour plaire à son amant, il la préfère sans.

 

25 octobre 2009

Par entre nuage et pluie
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Samedi 24 octobre 2009 6 24 /10 /2009 10:27

Portrait n°1:Sa vie est ailleurs(*).


Elle vit sans cesse dans le regret de "ce qui n'est pas", ne tirant nul parti de ce qui est. C'est une vie parallèle, par la pensée, son esprit constamment morcelé entre le réel et sa vie souhaitée, sa partition des regrets, qu'elle n'atteint jamais, qu'elle ne rejoint qu'en rêve, à la faveur de ses longues nuits et de ses généreuses siestes et somnolences.


Ses souvenirs sont fiables et précis, elle se rappelle les noms que j'oublie. Elle s'entraine, repassant ses souvenirs lors de ses rêveries, elle en entretient la trace mnésique comme on le fait lorsqu'on récite une prière, ou une poésie, chaque jour, machinalement. "Tel Noël, telle année, il y avait untel, il s'est passé telle chose: c'était bien!"


Dans un soupir de nostalgie elle pose son livre, les yeux éteints, elle s'enfuit. Le présent jamais n'a prise sur elle. Le présent n'est qu'instant qui la fuit.


Elle s'ennuie.


Si elle n'espère en demain, si elle ne regrette hier, et lorsqu'elle ne déplore pas de n'être pas ailleurs en cet instant, elle s'ennuie, jamais bien, là, au présent dans sa vie.


Étonnant dans ces conditions que l'ennui d'hier puisse se parer, lorsqu'elle l'évoque aujourd'hui, des guirlandes de la mélancolie, et que jamais l'ailleurs, une fois au présent advenu, ne soit à la hauteur.


Étonnant.


J'en laisserais tomber ma page, si je n'étais pas qu'une image en contemplation d'elle même.

 

24 octobre 2009

sur une toile de Sophie von Hellerman: link

 

(* la vie est ailleurs: Kundera)

Par entre nuage et pluie
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Vendredi 23 octobre 2009 5 23 /10 /2009 19:43
Pour Simon:



photo: 14 juillet à Sède
Par entre nuage et pluie - Publié dans : bleu
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander

Présentation

Recherche

Calendrier

Décembre 2009
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Créer un Blog

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés