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Chanson pour un départ
Non, je n'écrirai pas
un hommage à celui
qui est trop tôt parti,
je ne le connaissais pas.
Mes mots seront pour celle
qui est restée derrière lui
pour dire son courage
à affronter les nuits
et les sombres présages,
le doute des amis
qui se croient les plus sages.
Non, je ne dirai pas
qu'il fallait s'y attendre
qu'on ne joue pas ainsi
avec la raison.
Mes paroles pour celles
qui osent la passion
et vivant sans se méprendre
d'une douce folie
rendent la vie si tendre
aux enfants, aux amis
qu'ils savent bien le leur rendre.
Non, je ne crierai pas
de larmes n'aurai pas
pour cet inéluctable
qui cause tant de douleurs.
Mes pensées sont pour celles
qui fi du confortable
osent leurs sentiments
vivent de leur amour
et le trouve préférable
à ce que les amis
auraient dit raisonnable.
Oui, mais je chanterai
cet hymne des amants
qui se moquent des discours
et qui osent se vivre.
Mes notes sont pour nous
qui partageons vos vies
jusqu'au bout du parcours
sans l'ombre d'une révolte
contre cruel destin
qui nous donne des matins
dont vous n'verrez le jour.
27 septembre 2009
à Nathalie L.
Photo: Montréjeau, juillet 2009
Texte pour le recueil des Journées de la Littérature Jeunesse et de l'Ecrit de St Bertrand, les 2 et 3 octobre 2009
allez sur le lien JLJE: link
Résignations
Je vois,
les mains des sans abris, des précaires
transies de froid quand l'énergie
est folie budgétaire.
Mais on ne va surtout pas pleurer
les ANPE sont bien chauffées
Je vois,
la trouille de l'intérimaire
par peur de perdre son salaire
il acceptera de se faire exploiter
et n'ira surtout pas manifester.
Je vois,
les marques sur le corps de cette femme
mais on va pas en faire un drame
avant de l'écouter on lui demandera
ce qu'elle a fait pour agacer ainsi
son homme et le pousser à cogner?
Je vois,
la nuit du solitaire
seulement morale est sa misère
il ne se plaint pas de ne plus aimer
et de n'avoir aucune étoile pour l'éclairer,
il n'essaye même plus de rêver.
Je vois,
sous son turban le nomade du désert
las de tant d' années de combat et de guerre
contre un peu de répit accepter la "modernité",
et se laisser sédentariser.
Je vois,
la planète en colère
qui d'une vague meurtrière
d'un seul coup nous emportera
tous égaux devant l'ultime révolte de la terre.
Mais au soleil de ton regard,
je vois s'illuminer tous ces tristes cieux
et nos matins de chaleur, d'amour, d'espoir,
menacent de leurs orages nos résignations.
18 décembre 2008 et 1er juin 2009
Cache-cache
Te souviens-tu, Lecteur, des parties de cache-cache de ton enfance? Des cachettes secrètes et sombres où tu vivais le frisson de tes désirs contradictoires emmêlés? Gagner la partie c'était rester le plus longtemps possible dissimulé, mais aussi affronter l'angoisse d'être oublié, si les autres joueurs se lassaient, va savoir... le temps semble long lorsqu'on est petit, blotti, et qu'on se croit invisible!
A qui cela n'est-il pas arrivé de trop bien se cacher, tout en haut d'un grenier, ou au fond d'un grand panier? Rester sans bouger, sans respirer, pour être le dernier découvert, c'était aussi être le dernier libéré, le dernier à connaître la jouissance de la délivrance.
- vu!!!
Soulagement, enfin.
Oh à ce jeu j'excellais, l'enjeu me donnais des ailes. Je me rappelle même avoir découvert la cachette idéale, celle où personne n'avait osé me chercher, n'imaginant pas que j'aurai bravé mon vertige et escaladé la grande échelle pour me cacher dans la réserve de foin de la ferme.
-Ohé, je suis là... ne m'oubliez pas!
J'ai grandi, mais change-t-on vraiment? Savez-vous comment on m'appelle maintenant? "Le discret". Je lance des idées que d'autres récupèrent, j'effectue des tonnes de boulot que d'autres s'approprient, et j'écris des cris du cœur que je cache dans les replis invisibles d'internet...
Je ne parle jamais à personne de mon activité d'écrivant, bien peu me connaissent sous ce jour, et pourtant, comme trente ans auparavant, bien caché, entre frisson d'être découvert et angoisse, partagé, je vous attends...
JiM, 26 septembre 2009
Dans l'église: je ne veux pas de ces dieux là.
Elle passe le porche, pousse la lourde porte de bois, et entre dans l'église, sombre et silencieuse. Elle cherchait un abri pour ses émotions, ses sentiments, un endroit où réfléchir tranquillement sans risquer d'être interrompue. Elle aurait pu, comme à son habitude, partir faire le tour de la ville d'un pas rapide, réfléchir au rythme de la marche, mais aujourd'hui, non, elle avait besoin de se poser, pour faire le point, et elle n'avait trouvé que ce lieu là.
La dernière fois qu'elle était entrée dans l'église, c'était pour s 'associer à la peine de sa famille,
allumer une bougie, confier à la flamme sa tristesse, son désarroi de n 'être pas avec eux, croire désespérément à la force de la pensée, à défaut de prières. Comme elle aimerait posséder encore ce précieux recours, pouvoir venir ici, déposer joies et chagrins, confier à Quelqu'un les pensées trop fortes, trop intimes pour être dites. Avec un soupçon d'amertume, elle cache ses yeux dans ses mains.
Une chanson prend le relais de ses pensées troublées, la force des paroles rebelles couvrant la nostalgie du refuge perdu: « je ne veux pas de ces dieux tristes qui ont embués mon enfance, je ne veux plus de ces martyrs qui font gémir les cathédrales, je ne veux pas de ces dieux là... je ne veux pas de ces dieux là... »
Soudain, la sortant de sa rêverie, la sensation d' une présence, à quelques mètres d'elle. Pourtant il n'y avait personne avant, et elle n'a entendu personne arriver, elle se croyait seule ! Trop absorbée sans doute...
Elle risque un regard vers la silhouette assise très droite dans la pénombre, digne, recueillie.
Puis... l'impression que quelqu'un pénètre au coeur de ses pensées, lit en elle les mots qu'elle prononce intérieurement, lui répond, quelqu'un qui la comprend intimement et qui lui souffle à l'oreille la suite oubliée de la chanson: « Je veux le feu, je veux le vent, je veux le retour du printemps, une source, la mer qui gronde, je veux des forêts et des champs, c'est de ces dieux là que je veux... »
Elle se redresse, relève la tête, « Je veux le coeur, je veux les yeux, je veux l'amour d'une femme, je veux les mains de mes amis, je veux les rires des enfants, c'est de ces dieux là que je veux...», échange de regards, intenses.
Surprise, incrédule, elle ferme à nouveau brièvement les yeux, respire profondément pour prendre la mesure de l' émotion ressentie. Quand elle les rouvre, quelques secondes plus tard, l'église est à nouveau déserte.
- J'ai dû rêver, de telles histoires n'arrivent que dans les contes, pense t' elle. Déboussolée, elle reste encore quelques minutes, prend le temps d'allumer une bougie, et se surprend à murmurer, malgré elle, l'amorce d'une prière: l'espoir de ne faire souffrir personne en laissant vivre ses sentiments.
Elle sort, aveuglée par le soleil. Elle a juste le temps de voir, là-bas, quittant la place et se dirigeant vers la ville, la silhouette bienveillante, trop rapidement aperçue dans l'église.
Elle n'a pas rêvé. Elle part alors elle aussi,
vers la ville, vers la vie...
28 février 2004
Paroles de la chanson: Gabriel Yacoub
photo: claire, 12 septembre, St bertrand de comminges
Sainte Thérèse trump.
C'est ça qui m'a sauvé: le jour où il m'a dit: t' imagines un orchestre de jazz sans trompette?
Le jour où ma Thérèse est tombée pour toujours.
Solo de batterie
Cognent mon coeur et mes pas sur les routes. Reste pas comme ça, sors, va marcher, me disaient les copains. Alors je marchais, là où mes pas me portaient: vers les bords tumultueux de la Garonne, vers le pont de l'autoroute, vers le passage à niveau non protégé.... Je marchais, jusqu'à graver dans la plante de mes pieds la géographie de la liberté. Liberté de rejoindre mon aimée dans sa chute.
C'est ça qui m'a sauvé. J'avais loupé le train, j'étais encore à cents mètres du passage à niveau quand il est passé. J'ai fixé les rails un temps, puis pourquoi attendre un train quand on n'attends plus personne? Alors j'ai entendu ses mots résonner: t'imagines pas un orchestre sans trompette... J'ai rebroussé chemin. J'étais à nouveau trop loin quand le suivant est passé.
Au début je ne voulais plus rien faire, même plus toucher à ma trompette, et surtout pas un concert. Tu peux pas nous laisser tomber... et me voilà sur scène, avec eux, entouré.
Solo de clarinette
Chuinte clarinette, mon angoisse d'être seul, ma peur de pleurer. Si tu te soucis des spectateurs, c'est que tu vas mieux, c'est vrai, j'ai les yeux tristes, je ne souris pas, mais jamais une crise de larme ne m'a assailli sur scène, tandis que dans la vie...
Solo de banjo.
De la musique festive!! Clame l'animateur en insistant bien sur le i de l'adjectif. Et remontent à ma mémoire tous les désespoirs cachés dans cette musique, cette fête qui n'était rien d'autre qu'un combat contre l'adversité. T'es pas seul à souffrir, mon gars , ça console pas, mais au moins j'ai la preuve qu'on survit au malheur, que d'autres s'en sont sortis.
Solo de trombone
Un sourire me vient à l'image des premiers orchestres qui sillonaient sur des chariots la Nouvelle Orléans, et sur lesquels le tromboniste se trouvait à l'étroit! Mais ma vie me rattrape quand je pense aussi que les orchestres de jazz accompagnaient les enterrements.
Solo de trompette.
C'est mon tour. Excusez-moi les copains si mon solo est triste, j'y ai mis tout le désespoir de mes tripes, pleure ma trompette, pleure qui devrait hurler de joie. Je vois vos regards, vos yeux s'embuer, c'est là que j'ai compris...
Solo de saxo.
... c'est ça qui m'a sauvé, non, du jazz sans trompette, je ne pouvais pas l'imaginer...
19 mai 07
St Gaudens et Estancarbon,
titre du morceau de Jazz: RuralJazzBand
Photos: Claire 20-09-09
« Non, Nathan rien, rien, surtout pas en vain... » Il se répétait ces mots comme une injonction, comme s'ils suffisaient à faire rempart aux
faits, à la réalité, comme si les mots étaient doués de pouvoir, de volonté. Nathan était là, assis parfois, errant à d'autres moments. Au début, il était entré par effraction, aux heures de
fermeture, puis aux heures de présence de l'ouvreuse, mais en se cachant. Maintenant, elle s'était habituée à sa présence discrète mais quotidienne, elle faisait semblant de ne pas le voir entrer
et se cacher derrière les tombes, se blottir, assis, genoux pliés contre la poitrine, dans une éternelle méditation. Elle avait bien essayé de lier conversation, de lui poser des questions, mais
elle n'avait pas pu déterminer s'il l'entendait ou pas, elle n'avait même pas réussi à accrocher son regard. Il ne faisait rien de mal, alors elle avait renoncé à sa première idée de prévenir la
police, les pompiers. S'il était fou, il ne paressait pas dangereusement.
Chaque jour il venait, à des heures aléatoires, parfois même la nuit, il restait, un temps indéfini, parfois très peu, parfois des heures, puis il finissait par choisir une tombe, toujours différente, semblait s'y recueillir, y dire une prière, et partait sans se faire remarquer, avec un flot de visiteurs sortants. Il sortait: dans sa tête les mots résonnaient: « Non Nathan rien, rien, ou rien n'arrivera, sors...».
Aujourd'hui, il avait fait quelque chose de nouveau: il avait déposé sur une tombe un bouquet de fleurs des champs, des fleurs sauvages, comme lui, et les mots cognaient en lui, plus forts que son coeur, pour une lutte vitale elle aussi : « Non Nathan pas là, ne reste pas là, sors d'ici, sors, je te le demande... ».
Par curiosité, l'ouvreuse gardienne de l'église de Valcabrère est allé voir, après son départ, la tombe qu'il avait fleurie. Rien. Aucun nom gravé, aucun indice ne permettait d'expliquer son geste, il s'agissait d'un très vieux tombeau, dont ne subsistait que la pierre nue. Elle passa le reste de la journée, intriguée par cette énigme, à vendre des billets d'entrée aux visiteurs de ce lieu sacré mais payant. Ce n'est que le soir, en branchant son ordinateur pour consulter ses courriels, qu'elle comprit lorsqu'elle lu le message publicitaire que son serveur affichait automatiquement, sans tenir compte du caractère désuet de certains prénoms : « 14/10/04: saint Just, offrez lui des fleurs ».
14 octobre 2004
Photos:
Claire 13-09-09
1,2,3: st Just de Valcabrère
4: st Bertrand depuis St Just.
-Qui d'autre a une histoire pour égayer notre feu de camps?
-Moi, j'en ai une, griffonnée au verso d'une construction en court, incompréhensible écho. Écoutez:
La musique portait mes pensées vers Toi, mais c'est d'abord sur elle que se porta mon regard. Son visage fin, sans fard, encadré de ses longs cheveux noirs, à la tristesse démentie par la danse que son jeu imprimait à son corps. Lui, sérieux, concentré, mais tout aussi expressif lorsqu'il enserrait sa contrebasse. Puis j'ai surpris leurs échanges de regards. Son sourire! Cette fille savait sourire! Mieux, il savait, lui, la faire sourire. Et le mien ne les a plus quitté, jusqu'aux rappels, où eux seuls, j'ai vérifié, à l'abri du brouhaha des applaudissements, et sous l'alibi des centaines de regards, osaient l'inconvenance d'à-partés dissipés. En mineur comme en majeur, du début à la fin, ils avaient joué leur connivence en un accord parfait.
Dés raisons
L' horizon étendu
comme une steppe aride
aucun malentendu
entre nos corps avides
Les sommets pas si loin
mais faut les mériter
n' sont pas à portée de main
il faut longtemps marcher
Tu as raison
La pluie n'est désirable
qu'en plaine asséchée
quand rarement fleuri le sable
grandit l'intensité
Tu as raison
Tu fais des retrouvailles
le sel de la passion
qui réveille nos entrailles
et te donne raison
Du coucher au réveil
tous les rêves bien rangés
tous les sens en éveil
pour ne rien oublier
Tu as raison
Entre jardin et maison
une fois pour toutes tu choisis
jardin secret et floraison
d'une unique rose à midi
Tu as raison
Et cette intensité
dont tu fais ton besoin
se fait nécessité
devient aussi le mien
Tu as raison
à mes rêves perdus
d'avoir été trop rêvés
je n'opposerai plus
la rare pluie d'été
J'avais raison... 12-09-09
C'est quand l'esprit se ferme
à tout sauf au minéral
quand la pensée se perd
en pentes escarpées
parfois se désespère
en falaises déchiquetées
où l'homme jamais
ne posera le pied
c'est quand les rêves émiettés
au bout d'un trop long désert
se reforment en dunes ensablées
adoucissent de leurs courbes
le lointain horizon
qui avance vers l'ailleurs
et toujours se dérobe
au pas des voyageurs
c'est quand l'espoir se noie
en bleu immatériel
dernière porte ouverte
en grand sur l'infini
où certains logent ceux
qu'ils invoquent pour leurs vœux
mais qui sans cesse fuient
se dérobent aux regards
de ceux qui les prient
c'est quand les pensées
bercées d'immensité
demeurent inachevées.
9-9-09