Lundi 10 août 2009
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Vous reprendrez bien encore un peu de rouge?
-On dit l'odorat des femmes plus sensible que celui des hommes. Je me demande si c'est pour ça qu'elles sont les seules à apprécier l'odeur métallique du
sang?
C'est vrai que comme entrée en matière, pour l'homme qui me raccompagnait à mon logis après une agréable soirée bien arrosée, ça avait de quoi surprendre, le
dérouter. Un peu vampiresque comme réplique, mais ça m'était venu comme ça, dans l'odeur entêtante du couloir que je partageais avec une vendeuse de décors floraux aux parfums artificiels et
indémêlables. A force, ces odeurs de pots pourris et de désodorisants d'intérieurs chimiques devaient atteindre un peu mes neurones, les détraquer! Et puis... je le connaissais à peine, on allait
chez moi après le restau, ça m'amusait de lui faire un peu peur, de forcer son imagination, pas forcément dans le bon sens. Pas toujours aux femmes d'avoir peur de tomber sur des pervers
sanguinaires!
Il m'a seulement regardée, un peu étonné, puis il a vite trouvé une explication rassurante. Zut, il n'aura pas eu peur longtemps, pas drôle!
-C'est l'abus du vin rouge, ou une façon élégante de me dire que t'as tes règles et que je ne dois rien espérer après ce "dernier verre" chez toi?
-Non, c'est juste comme ça, tu sens pas les odeurs dans ce couloir? Toutes les femmes qui montent ici les sentent, et seulement un homme sur deux. Pourquoi?
-Tu fais monter tant de monde ici, que tu en fais des statistiques?
-T'as pas répondu à ma question, tu sens ou tu sens pas?
-C'est un test? Si je sens, je gagne quoi?
Bon, il n'était apparemment pas ici avec moi dans le couloir, il était désespérément ailleurs et sûrement après, après le "dernier verre", ou au présent, mais en
train d'évaluer si ça valait la peine d'aller le boire ce verre, si rien ne devait en découler. Oui, bonne idée le test, voir à quoi ils pensent en montant l'escalier, s'ils sont capables d'y
être avec moi ou si leur seul objectif est le lit qui est au bout du couloir! Idée à retenir!
J'ai laissé tombé mes questions idiotes et on s'est concentré sur nos verres. Pas grand chose à boire chez moi, j'ai pas de digestifs, pas de boissons festives ou
distrayantes, j'osais pas lui proposer de la verveine, ça faisait trop bobonne qui a besoin de somnifère, alors on a continué au rouge. Décidément, ça m'inspirait et à l'occasion d'un blanc dans
la conversation, j'ai remis ça:
-C'est vrai que vous les hommes, vous n'avez jamais l'occasion de côtoyer le sang autrement que dans des circonstances traumatisantes, il n'y a que les femmes qui
connaissent des effusions de sang heureuses, ou anodines, ça doit influencer jusqu'à notre odorat.
Là je crois que je l'ai achevé le pauvre, il n'avait plus rien à raconter du film qu'on avait vu, plus rien à dire du menu, il n'avait pas l'air d'avoir envie de
parler de lui, et ça ne lui venait pas à l'idée de s'intéresser à moi, en paroles en tout cas.
-Bon, j'espère que tu as passé une bonne soirée, merci pour le verre de rouge, j'vais rentrer vas, ce soir, j'le sens pas...
Et il est parti.
Le lendemain je racontais ma soirée aux copines à la pause café, l'une d'elle le connaissait:
-Ah, t'es sortie avec Gabriel? Il vient de démissionner, le pauvre, l'ANPE lui avait proposé un job aux abattoirs, comme Offre Valable d' Emploi, il a pas supporté,
maintenant, comme il a quitté cet emploi, il n'a plus droit à rien, j'espère que tu l'as pas trop ruiné au restau!
10 juillet 2009