Dimanche 17 mai 2009 7 17 /05 /2009 21:29

Silences

 

Parfois se taisent toutes les voix du ruisseau. Je le longe, il reste muet des jours entiers. Pas un seul trèfle d'oxalis ne flotte entre ses eaux, pas un galet ne roule dans son court, pas un oiseau ne chante sur ses berges, rien. Ces jours là, je déserte ses rives, et me fie aux balises rouges et blanches des sentiers, là où j'aurai plus de chances de rencontrer une autre âme errante.

Chemins solitaires, nuits de silence, petit à petit, j'apprends que j'existe, moi. Chemins de douaniers passant sans cesse d'un pays à l'autre, bâtissent mes frontières. J'accepte l'éphémère du soleil levant, qui ne dure pas, mais reviendra. Je ne crie plus mes appels à l'aide à l'écho du silence. Moi seule peut m'aider à gravir ces montagnes, moi seule choisis le chemin, selon mes envies, mes forces du moment.

Mais je triche: au plus profond du silence je vous parle, mes amis, mes rencontres d'un jour, et toi surtout, je me berce de votre présence intériorisée. Vos mots, vos cris de désespoirs dépassés, surmontés, me prouvent que moi aussi j'atteindrai ce col qui paraît illusoire, si haut dans la brume, et qu'après j'aurai le repos d'une descente douce vers une verte vallée, ensoleillée. Je m'appuie sur vous autant que sur mon bâton de marche.

à suivre...
Par Milasa
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Samedi 16 mai 2009 6 16 /05 /2009 19:20

Traces d'ours

 

Au fil de quelques pas communs, l'une m'a parlé de sa bulle harcelée, et de son courage à la faire respecter, même au prix de la rupture.

Ce soir là, une lune pleine et basse éclairait de ses rayons rasants le sol blanc de la première gelée. C'est là que je les ai vu briller dans la terre: les traces de l'ours.

Je les avais suivies des années, immuablement identiques, me perdant dans leur pas silencieux, mais portée par mes espoirs de changements. Toutes ces années à traquer ses traces me sont renvoyées en pleine face, couvertes de la boue du déni. Ce soir la piste s' arrête là, l'ours a atteint une zone rocailleuse où ses pas ne s'impriment pas. Où il va, je ne peux le suivre, sa tanière, je ne veux y vivre.

 

à suivre...
Par Milasa
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Mardi 12 mai 2009 2 12 /05 /2009 21:29

Comptine vespérale

 

 

-Mais pourquoi donc avez-vous appelé votre chat « Grin »? Demande Monsieur Lustucru à Madame Michèle accoudée à son balcon.

 

La scène se passe dans un vieux faubourg, de Marseille ou de Nice, un endroit où il y a la mer, pas loin. La mer refuge pour qui désespère. C'est un immeuble vieux et crasseux, où le soleil entre un peu, quand il s'en donne la peine. Mais souvent il se perd, dans les ruelles minuscules ou les étroites cours intérieures.

 

Mère Michèle, à son balcon, tente de répondre à Monsieur Lustucru, mais des années de sanglots remontent et inondent les géraniums en pot. Du terreau, un pot de terre, des géraniums qu'il faut rentrer l'hiver dans un couloir sombre à l'étage, ou dans la remise du voisin qui profite d'un petit rez-de-jardin. Tous les jours les arroser,

-mais pas de larmes, Madame Michèle, faut pas pleurer, objecte Père Lustucru, votre chat, vous l'reverrez.

 

Madame Michèle, étranglée de ses larmes ne peut qu' hocher la tête, bien sur qu'il reviendra. Mais en attendant elle pleure, elle pleure son malheur, tous ces petits soucis, petits tracas de femme seule qu'elle supporte au fil des jours, et avec le sourire toujours! Tous ces petits riens insignifiants, qui pour l'heure sont terrifiants, ces bêtises dont elle rira demain en caressant son chat.

 

Car s'il ne partait pas, l'intelligent félin, quand il sent la coupe pleine, et prête à déborder, pour quelle autre raison pourrait-elle bien pleurer ainsi à sa fenêtre et se faire consoler?

 

Alors, Madame Michèle, comme tout un chacun, pleure lorsque son chat Grin part, et rit lorsqu'il revient.

 

12 mai 2009

Par Agustina - Publié dans : du sucre plein les poches
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Mardi 12 mai 2009 2 12 /05 /2009 12:47

Pèlerinages

 

Mes chemins croisent aussi ceux des pèlerins, vers St Jacques ou vers Lourdes. Marcheurs pénitents m'interpellent parfois, m'acceptent un temps dans leurs rangs chaleureux, stimulent ma marche de leur chants. Mais mes pas à moi n'ont rien d'expiatoires. Je l'ai compris le soir d'après, le lendemain de mon départ, quand j'ai enfin pu soutenir l'accusation sans me sentir atteinte par son regard. J'abandonne les pèlerins à leur linéaires chemins, moi sans but, je divague sur les miens, me perds un moment, m'arrête, tourne les talons, hésite, aucune chapelle à l'arrivée ne m'attends, j'ai tout mon temps.

 

à suivre...
Par Milasa
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Lundi 11 mai 2009 1 11 /05 /2009 08:24

Écriture 

 

-Pourquoi tu t'arrêtes, comme ça, pour écrire, tout le temps?

-Et toi? Pourquoi tu t'arrêtes pour sculpter des cailloux, au lieu de poser sur les cairns  la banale première pierre qui te tomberait sous la main?

-Une trace, personnelle, de mon passage.

-Ben moi, pareil, une trace, de mes pensées, de mon existence.

-Mais puisque tu les jettes!

-Je ne jette pas tout, regarde...

Mon sac est lourd, mais c'est de papier. Fait à la va vite, je l'ai empli de cahiers vierges et de livres phares qui guident mes pas, lorsque je me sens perdue, si loin de la mer, loin de cette plage où je rêvais de graver le sable de mes rêves. Chaque pas m'en éloigne et j'ignore où je vais. Partie sans carte, pour seuls repères des mots et des rencontres, je suis les chemins, je longe les rivières, j'accompagne l'un qui bifurque mais m'offre de l'eau et des mots, je rebrousse un temps avec un autre qui souhaite une oreille, une présence.

Souvent je m'assoie devant l'immensité montagneuse, ou le soir, dans un refuge solitaire, j'étale mon trésor: livres, papiers, journaux, crayons, et là, libre, dans un incessant va et vient des mots des autres aux miens, je construis, me re-construis.

Pourrait on dire qu'un bon écriveur, loin d'écrire en vain, serait celui dont l'écho des mots fait naître en nous, lecteurs, l'envie d'écrire, et par là, celle de vivre?

Un jour, témoin de mon déballage, l'une me dit: « Mais t'as pas de vivres là dedans! Qu'est ce que tu manges? ». Des heures que la faim me mordait, mais jamais je ne m'étais sentie si vivante. J'ai hésité, j'ai pas osé ma réponse: « J'écris. Pour vivre. », je me la suis gardée.

Lire au soleil sans bouger, jusqu'à soutenir le regard du lézard. Noter le jour. Peut être est ce le dernier de la saison.

 

à suivre...
Par Milasa
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Dimanche 10 mai 2009 7 10 /05 /2009 08:48

Place de l'étoile

 

Étrange croisée des chemins, au col, sur les panneaux de bois,  les indications effacées, érodées par les temps, ne sont plus que  doutes, conditionnels, interrogations... Je le vois hésiter, son regard tourné vers une direction qui ne m'attire pas. J'ai envie de sa présence pour épauler mes pas, encore un temps. En contre-bas, il y a un ruisseau. Je lui demande:

-Donne moi un de tes cailloux s'il te plaît.

-Tiens, choisis.

Je me saisis de sa réserve.  Je me dirige vers le ruisseau.

-Non! Ne jette pas tout! S'il te plaît! J'en n'ai pas d'autres!

Trop tard...

-Désolée, excuse moi. Tu vas m'apprendre à graver, et je vais tous les refaire, d'accord?

-Mais... ça va prendre  du temps.

-Peut-être que j'avais envie de prolonger notre chemin commun? J'ai choisi celui qui va vers l'est... et toi?

-Comme toi. Pour l'instant...


à suivre...
Par Milasa
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Samedi 9 mai 2009 6 09 /05 /2009 09:32

Rencontre

 

-Bonjour, qu'est ce que vous faites?

-Oh! Pardon? Vous m'avez parlé?

-Oui, je vous ai demandé ce que vous faisiez.

-J'envoie des billets à la mer, c'est une idée volée mais c'est vrai que ça soulage.

-Et... y'a quoi sur vos papiers?

-Mes humeurs, enfin contenues, contrôlées, captives du papier, qui voguent vers leur destinataire.

-Je comprends.

-Vraiment? Sans blague!

-Pourquoi cette ironie soudaine dans votre voix? Oui, je vous comprends.

-Et vous, qu'est ce que vous venez de jeter dans l'eau?

-Un caillou sculpté. Regardez...

-Ils sont jolis. Vous en avez beaucoup!

-C'est pour poser sur les repères des marcheurs.

-Vous n'y posez que des cailloux sculptés?

-Oui.

-Mais ... ça doit prendre beaucoup de temps de les faire!

-Oui, c'est pour ça que j'avance lentement.

-Mais celui là, pourquoi l'avoir jeté? Il est perdu, gâché!

-Lui aussi avait un destinataire, il rejoindra votre papier... je peux dire « tu »?

-Oui.

-Tu continues le chemin dans ce sens?

-Oui...  mais n'espérez rien!!

-J'ai dépassé l'espoir depuis longtemps... juste un bout de chemin... tu peux dire « tu » aussi...

 

extrait de GR10, à suivre...
Par Milasa
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Vendredi 8 mai 2009 5 08 /05 /2009 21:06

Erreur de casting

 

Encore un pas, le premier cette fois, peut être en parler là, maintenant que j'y pense... vous raconter mes premiers pas dans un récit pédestre, pourquoi pas?

Je me laissais porter, dans les forêts, sur les sentiers, avant l'âge de la marche, la ramure des arbres tamisait le soleil, leurs feuilles vertes, découpées sur le bleu du ciel, feraient mon plus ancien souvenir. Image gravée, qu'un éveilleur de mémoire m'offrira. Un an, quatre printemps de sourires, la vie s'annonçait douce, souriante. Un an et onze jours: la tourmente. Imprévisible tempête, tous les arbres perdirent leurs feuilles, les troncs tombèrent devant mes pas, indépassables obstacles, le jour même où je fis le premier. Il était dangereux de marcher, la terre tremblait de l'empreinte de mon pied innocent! Puis le ciel fut  noir d'un indicible deuil, et une pluie de larmes inexpliquées n'apaisa pas ma soif de tendresse, de compréhension. Les nuages mirent neufs ans à se dissiper, neufs ans d'une culpabilité innommée, vécue seule dans le maquis de cette forêt dévastée.

Ensuite on m'a appris qu'il était péché de tomber, qu'il valait mieux ne pas marcher, ou surtout, jamais hors du sentier. La pente y était glissante, on ignorait où elle s'arrêtait. On m'a dit qu'il fallait mieux ne pas bouger, de peur d'un faux mouvement, d'une maladresse, d'un geste ambigu qui serait mal interprété, que dehors était le danger, le soleil et ses coups douloureux, le vent et ses idées rebelles, qui agressait les tympans. La timidité, l'immobilité étaient les meilleurs garants de la pureté.

Jusqu'au jour où j'ai enfin fais mon premier pas, il faut plus d'un an pour apprendre le pas des hommes. Ce jour où j'ai accepté, avec beaucoup d'humilité, d' être faillible, de risquer de tomber, de glisser, mais d'avancer, vers une aube bleue. Alors, aux branches, les feuilles ont repoussées, le soleil a illuminé la forêt fourmilière. Aux nuages d'orage étonnés, j'ai dit humblement: oui, je suis coupable, je suis coupable de tomber, mais c'est d'abord à moi que les chutes font mal, et je l'étais bien plus de rester assise au bord du chemin, à regarder la vie en marche sans lutter. Aux nuages d'orage courroucés, je dirai: oui, je mérite et j'accepte votre foudre, pour mes pas de travers,  mais j'implore votre clémence, je vous prie de ne pas me bannir de la forêt fourmilière, de ne pas me renvoyer à mon désert affectif.

Et crier  maintenant à l'erreur de casting!! Un ange par famille ça suffit, non? Et c'est pas moi, la place est déjà prise!!

extrait de GR10, pour les besoins du "tournage"!
Par Milasa
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Vendredi 8 mai 2009 5 08 /05 /2009 20:56

Solitude

 

Aujourd'hui, anéantie de fatigue, chaque mouvement me coûtait, mon coeur cognait contre mes os, qui propageaient ses coups à toutes les chairs de mon corps. Je me suis allongée, ventre contre le sol, avec l'envie d'y poser mon coeur à nu, pour que la terre en absorbe les pulsations, les calme, les adapte à son rythme millénaire; ou bien, qu'elle me reprenne, toute entière, m'incorpore à son éco-système. À elle le choix.

Aujourd'hui... et pourtant, j'ai vu l'arc en ciel ce matin, comme ce jour où le haut de l'arbre s'était illuminé au dessus des toits de mon puits de lumière, illuminé sur le ciel gris, et où j'avais pensé l'arc en ciel avant même de le voir auréoler l'arbre. J'étais sortie ce jour là, à l'appel du soleil, et rentrée seule et triste, en manque de contacts, d'amis, de groupe.

Pareil, personne sur le chemin ce matin, ce vide soudain a ravivé ma douleur, mon angoisse. Personne pour un petit bout de chemin, me délester de quelques mots de trop, et en échange prendre quelques un des vôtres dans mon sac à dos...

Personne, c'est alors que j'ai vue la rivière, torrent rapide, et de rage, de dépit, j'y ai jeté, un à un, tous ces billets d'humeurs témoins, que patiemment je rédigeais pour toi, au fil du temps et de mes pas. Toi, parti sur ton fil, moi, en sens inverse, sur la crête des vagues de l'écorce terrestre.

suite de GR10, à suivre...
NB, ça arrive là, je suis l'ordre, mais ce n'est pas l'état d'humeur du jour!
Par Milasa
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Dimanche 3 mai 2009 7 03 /05 /2009 20:17
Je publie cet extrait car j'ai pris hier une photo qui l'illustre:






D'une corde à l'autre... Tu me dirais de dessiner une poule... celle-ci vole au vent, j'y accroche mes idées fixes, et les enveloppes qui nous protègent et nous disent, s'y détachent sur le bleu du ciel.

Il marche. Non! Il est fou! Au secours! Auguste appelle, affolé, venez voir!! Funambule s'applique, pas après pas, il avance sur les barbelés, il veut attraper la sorcière, c'est elle qui l'a entraîné là.

-Je fais ce que je veux! Mon corps m'appartient!
-Non! C'est aussi ton outil de travail, si tu blesses tes pieds tu ne pourras plus payer ta part!! Descends!!

Il avance, les pointes entaillent ses pieds comme crocs de chiens méchants pénètrent la chair. Sous le fil, il pleut, son sang. La sorcière est là, devant lui, perche brandie, elle marche à reculons, l'enjoint à continuer, tout en attendant sa chute. Au bout de la douleur, il dérape et tombe, c'est le moment que choisit la sorcière pour abaisser son bras, qui menace depuis tant d'année, et l'endormir à coups de perche.

Il est encore par terre, dans la sciure ensanglantée

-ben oui, c'est de la sciure par terre, pas du sable, le sable c'est pour la plage, le paradis- la vie est labeur, sciure et sueur.

La petite voix est là, penchée sur lui, elle éponge son front.

 -Arrête, tu travailles trop! Qu'as tu besoin de t'entraîner la nuit? Regarde, tes pieds sont tout blessés, et tu vas te casser quelque chose, un jour, à force de tomber...

Funambule se tait. Taire la douleur, taire la peur. Cette fois, il y était presque, il a bien cru attraper la sorcière pour lui tordre le cou, mais au dernier moment, c'est elle qui l'a battu. La prochaine fois, il sera plus fort, plus endurant. Il a peur...

Il a peur... que Toi aussi tu aies peur, de ses mots, de ses images...

Ces mots saisis l'ont lessivé, il craint d'encercler ses journées de cordes à linge barbelées. Puis il a honte, car si lui souffre dans sa tête, d'autres connaissent le concret de la souffrance. Taire la douleur et sa peur, et marcher, avancer... ne rien dire surtout, sinon Auguste ne voudra plus qu'il monte et l'obligera à faire le clown, loin de l'intense de ses vertiges.

Ne rien dire... qu'à Toi... Certains mots, parfois, on n'aime pas les relire. Les poser soulage, déleste, mais il faudrait pouvoir les enfermer dans un grimoire, dans la plus haute tour d'un château perdu au plus sombre d'une inextricable forêt. Depuis mon rêve, Tu es le prince lecteur qui défend l'accès à la tour, tu as accès au grimoire, tu le protèges des souris voraces et tu me protèges des francs-tireurs embusqués, c'est la règle du jeu: laissez vivre toutes les vagues, ne me reste que le choix des mots pour les décrire.
Ne sois pas inquiet, Honoré, je vais bien dans l'apaisement des mots posés, je vais vers la vie, calme, je joue le jeu, tranquille. Je suis un peu étonnée, en relisant, une fois la vague passée, cela me paraît étrange d'avoir eu de telles pensées, j'essaye de ne pas en avoir honte.

extrait de vagues d'oxalis, 2005
Par Milasa
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