Silences
Parfois se taisent toutes les voix du ruisseau. Je le longe, il reste muet des jours entiers. Pas un seul trèfle d'oxalis ne flotte entre ses eaux, pas un galet ne roule dans son court, pas un oiseau ne chante sur ses berges, rien. Ces jours là, je déserte ses rives, et me fie aux balises rouges et blanches des sentiers, là où j'aurai plus de chances de rencontrer une autre âme errante.
Chemins solitaires, nuits de silence, petit à petit, j'apprends que j'existe, moi. Chemins de douaniers passant sans cesse d'un pays à l'autre, bâtissent mes frontières. J'accepte l'éphémère du soleil levant, qui ne dure pas, mais reviendra. Je ne crie plus mes appels à l'aide à l'écho du silence. Moi seule peut m'aider à gravir ces montagnes, moi seule choisis le chemin, selon mes envies, mes forces du moment.
Mais je triche: au plus profond du silence je vous parle, mes amis, mes rencontres d'un jour, et toi surtout, je me berce de votre présence intériorisée. Vos mots, vos cris de désespoirs dépassés, surmontés, me prouvent que moi aussi j'atteindrai ce col qui paraît illusoire, si haut dans la brume, et qu'après j'aurai le repos d'une descente douce vers une verte vallée, ensoleillée. Je m'appuie sur vous autant que sur mon bâton de marche.à suivre...