Notes à l'éclairagiste
Scène 1:
Nuit, la lune diluée par le brouillard, les acteurs nagent dans le jaune, ils marchent proches l'un de l'autre, sur un
sentier d'altitude, sans pour autant se voir, ni s'entendre.
Si tu peux ne simuler la brume que par les éclairages, et éviter la fumée artificielle, stp, ça fait tousser les acteurs.
Je te joints des extraits des dialogues, tu dois éclairer plus fortement celui qui parle, et laisser juste deviner la
silhouette de l'autre, alternativement.
LUI:-Elle est là pourtant, presque à bout de doigts, il me suffirait d'un pas, à tâtons... Mais non, je ne fais rien,
je ne bouge pas, et demain j'irai enterrer mon chagrin au pied de mon poirier, pourquoi?
ELLE:-Ça s'est passé tout en douceur. Il m'a parlé, écrit. Ses mots se sont insinués dans mes rêves, où je le portais déjà depuis
longtemps. Il y tenait le beau rôle, de sa tendresse, il me consolait de la violence de l'existence. Ses mots ont germés, puis ils ont pris corps dans ma vie.
LUI:-Il suffirait... que je confie aux ondes un poème, j'y pense... le temps d'avoir peur, et je laisse une autre tâche,
importante bien sur, me rattraper, et le jour passe, comme les autres...
La lune se couche, baisse progressivement la lumière jaune.
ELLE:-Il s'est installé dans mon coeur. J'aime sentir sa main, son bras, si proches, inaccessibles pourtant. Ma peur, ma pudeur...
qu'est ce qui m'arrête? Il suffirait que j'ose un geste pour lui rendre ses caresses, il est là, proche, au bout de mon bras... Mais non... je ne bouge pas... et demain je pleurerai,
seule, impuissante...
LUI:-Je pourrai téléphoner, entendre sa voix, lui dire deux mots d'espoir, lui parler du quotidien comme d' un lien. J'ai des
occasions, que je laisse passer, je pense à elle, j'essaye d'imaginer ce qui fait son instant, puis... l'occasion, rare, fugace, est passée, il faut attendre la prochaine, et tout recommence...
Scène 2:
La lune est couchée, ce n'est pas encore l'aube, il fait nuit noire, mais la brume se lève et découvre leurs jambes.
ELLE:-Je ne comprends pas son silence. Qu'ai-je fait? De quoi suis-je coupable? J'espère ses mots que j'aimais tant, j'aime
l'entendre, le lire. J'ai besoin de sens, d'intensité, de faire exister notre lien entre deux rencontres, concrètement, par des petits gestes , des symboles, des mots...
LUI:-Je ne comprends pas ses peurs, ses reculs, ses manières de hérisson et son absence d'initiatives. Elle est farouchement
pudique, je crains sans cesse de la choquer avec mes mots, mes gestes, mes désirs...
ELLE:-finalement... l'amour devrait peut être rester dans les rêves, là, au chaud, il ne risque pas de faire mal, il peut
s'épanouir dans toute sa folie, dans toute sa liberté, le laisser vivre est un pari, qu'on perd plus souvent qu'on ne gagne, que nous réserve cette aube? Que fera t' elle de notre amour?
Quoiqu'il arrive, il me restera les rêves, personne ne me les prendra, et là, il pourra vivre par mes pensées, toute ma tendresse, tous ses désirs de volcans...
LUI:-Ma confusion, j'ai peur de mes désirs, de mon envie de la déshabiller d'un seul coup, de prendre son corps dans une étreinte
passionnément folle et violente, j'ai peur de la heurter, je dois garder mes distances, m 'éloigner même, même... si je vois bien qu'elle en souffre, en silence.
Scène 3:
Synchronise le lever du soleil, bleu, le soleil, oui, cherche pas ,c'est comme ça, avec leur cri, la brume s'est encore un peu
levée, leur corps émergent à demi de la brume.
ENSEMBLE: (-Je t'aime !
(-Je t'aime !
(criant ensemble, ils ne se sont pas entendus)
ELLE:-J'aime ses caresses, mais me sens en dette de ne savoir les lui rendre, il me donne tant de douceur, sans retour,
qu'est ce qui bloque mes gestes et mes mots? La pudeur de mes gestes bloque t' elle les siens? ... Et quand il se fait silence, comment faire vivre un volcan dans le désert?
LUI:-Elle me donne son corps, ce don à sens unique me fait presque peur, jusqu'où veut elle vraiment donner? J'ai peur de la
forcer sans le vouloir, qu'elle se force pour moi, je me sens en possession d'un pouvoir de décision trop fort, elle m'a trop abandonné la direction de notre route, je suis
perdu.
ENSEMBLE: -Où es tu?
-Où es tu?
Scène 4:
Le jour se lève, le sentier de terre et d'herbe débouche sur une plage de galets, au bout , la mer, tout est bleu, la brume a
disparu, mais ils sont éclairés à contre jour, les spectateurs sont éblouis et ne voient donc encore que des silhouettes.
Ils se tiennent par la main, disent ensemble:
-Tu m'aimes!
-Tu m'aimes!
ELLE:-Malgré l'absence, tes silences, je veux croire en ton amour.
LUI:-Malgré tes peurs, tes crispations, je veux croire en ton désir.
Scène finale:
Toujours éclairés à contre jour
Ils s'embrassent sur la plage, puis se tenant par la main, ils s'enfoncent ensemble dans l'eau, comment pourrais tu figurer
l'eau comme une brume épaisse dans laquelle on les verrait par transparence? Peut être là, utiliser la fumée, tant pis s'ils toussent, c'est fini!
Novembre 2004