Samedi 30 août 2008



Bon, on y va. C'est parti pour 800 bornes dans cette boite sur roulettes à avaler des kilomètres, solitaire. Alors quand je l'ai vu avec son sac et sa pancarte sur le bord de la route... je n'ai réfléchi qu'après, une fois qu'il était là, assis à ma droite.


J'ai beau me raisonner: tous les autostoppeurs ne sont pas agresseurs, c'est même plutôt rare, leur but principal est quand même de se faire transporter, pas de détrousser leur chauffeur, mais quand même, je ne peux m'empêcher d'avoir peur de ce gars à qui pourtant j'ai ouvert la porte de mon plein gré.


Tant que ça roule, ça va. Eviter les pauses. Mais quand je vais avoir besoin d'essence? Et puis pour la compagnie, râté, sa présence n'empêche pas le silence. Au contraire, il est pesant.


Il sent ma gêne, et c'est lui qui gentiment se met à parler, de tout, de rien, puis de sa vie, de ses passions. Puis, comme pour équilibrer la situation, un point partout, de sa peur aussi. Lui aussi est à la mercie de qui s'arrête, et il n'est pas à l'abri des frayeurs, des agressions.


Alors je me détends. On élargit le débat, on parle de la confiance que les humains peuvent avoir ou non les uns envers les autres, des rencontres, des hasards, et des difficultés de chacun. Huits cents kilomètres, plus les pauses, ça en fait des heures, des mots, des occasions...


Rien n'est simple, naturel, à chaque interraction je m' interroge: pourquoi dit-il cela? A t-il une arrière pensée? Pourquoi ce compliment trop gentil? Espère t-il y gagner quelque chose?

Et si je l'écoute et réponds gentiment -parce qu'après tout, je n'ai aucune raison d'être cassante ni désagréable- ne risque t-il pas d'y voir plus qu' un intérêt sincère mais désintéressé?


Je passe une vitesse au moment où il cherche un mouchoir dans la poche de son blouson. Nos mains se touchent. Il s'excuse et rougit.

-« y'a pas d'mal. »

Zut! Ne va t-il pas voir une invitation dans ces mots? Non, ça va, il ne donne pas de suite. Mais quelle est cette petite voix qui ajoute: « dommage »?


Pause. Il m'offre un café. C'est sympa, mais ça peut être normal et ne rien signifier, après tout je lui rends service.


-« C'est là que je m'arrête.... ». La journée tire à sa fin, je ne peux pas m'empêcher d'ajouter: « Vous avez où loger? ».

Merde! Malgré le choix du mot, encore l'ambiguïté, dans ma question et... dans ma tête! Jusqu'où va-t-il penser?


-«  Laissez moi là, je continue vers l'Espagne, je voudrais trouver un routier pour passer la frontière de nuit. Un grand merci à vous, pour tout... »


Je n'insiste pas, soulagée. Consciente pourtant que j'aurais insisté pour qu'une femme accepte mon hospitalité et ne reparte que le lendemain.


Echange de mercis, de regards, et dans un dernier sourire, son départ.


Nous n'avons même pas échangé nos coordonnées, je n'étais qu'une étape de son chemin, il prendra d'autres routes, d'autres voitures, des camions, laissera à d'autres le souvenir lumineux d'un bout de route commun.


30 aout 2008

Par Milasa - Publié dans : du sucre plein les poches
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