L'horizon, tu le vois, là bas?
Nous marchions, comme des collégiens, main dans la main, tout au bonheur de ce temps ensemble, d'autant plus beau qu' inespéré.
D'est en ouest, nos ombres derrière nous projetées, nous n'avions plus peur, nous pouvions avancer, confiants, vers la nuit. Nous avions, résignés, tout accepté: la vie qui nous séparerait, les longs moments d'absences, la douleur des rêves sans espoir. Avec la frontière des possibles et ses dangers nous flirtions, au rythme de nos pas et de nos mots donnés comme autant de trésors.
Une nuit, une seule, au sommet. C'est le cadeau que nous nous offririons. Une journée de marche, à l'image de nos vies en mouvement, pour mériter le bonheur d'une nuit commune. Puis retourner à nos réalités.
Nous avons longuement regardé le soleil se coucher derrière les monts, puis nous avons rejoint un abri pour la nuit. Comment donner en une seule nuit l'amour qui nous brûlait depuis si longtemps à longueur de jours? La fatigue de la journée avait sensibilisé nos corps, nous nous sommes aimés comme on rêve, abandonnés au plaisir de l'autre et nous nous sommes endormis intimement liés.
Au matin il m'a tirée de l'abri: viens voir pourquoi je t'ai menée ici, regarde, retourne toi. À l'est le soleil se levait sur l'eau. C'est là bas que je suis né m'a t-il dit pointant l'horizon. En silence, enlacés, nous avons laissé le soleil monter dans le ciel. Des larmes coulèrent du bleu de ses yeux, je n'ai rien dit mais l'ai serré un peu plus fort contre moi.
Quand il a reprit la parole, sa voix avait changée, elle était grave comme la vie et ses réalités.
Il me dit: je pensais te laisser là, te dire de continuer vers le couchant, et moi suivre mon retour aux origines; mais ce matin je ne suis pas prêt, s'il te plait, m'accorderais-tu encore une journée et une nuit?
D'abri en abri, de levant en levant, chaque matin demande renouvelée, nous sommes arrivés à l'océan. Et maintenant? Lui ai-je demandé. Maintenant? Il me reste une mer à traverser, je fais demi-tour !
Permettrais-tu que je t'accompagne?
Oui je pouvais tout laisser, abandonner ma vie pour quelques pas avec lui, sur son chemin.Voilà comment nous nous sommes retrouvés à remonter le temps, chaque jour les souvenirs à rebours nous rapprochaient de son énigme. J'étais là, discrète, silencieuse, amoureuse, mon désir chaque aube réaffirmé, en réponse à sa question quotidienne: m'accorderais tu encore une journée? Je voyais quand ses yeux se fermaient sur un bonheur passé ou sur une douleur. J'étais là, respectueuse de ses pensées, le silence était dense.
Nous sommes arrivés à la mer.
Il m'a regardée, a pris mes mains. J'ai parlé la première: « vas maintenant, merci, tu m'as beaucoup donné, maintenant occupe toi de toi. ». Il a regardé l'horizon d'où le soleil émergeait, j'avais fait quelque pas en arrière, pour mettre en acte mes mots, il s'est retourné:
Non, là bas sont mes racines, une partie de mes origines, les mystères et les guerres, la mer m'en sépare comme ma mère m'en a protégé. Ici j'ai grandi, j'ai vieilli, et tu es là... à chaque soleil levé.
6 avril 2009
merci à Michel pour le soutien moral et la photo.