-Qui d'autre a une histoire pour égayer notre feu de camps?
-Moi, j'en ai une, griffonnée au verso d'une construction en court, incompréhensible écho. Écoutez:
La musique portait mes pensées vers Toi, mais c'est d'abord sur elle que se porta mon regard. Son visage fin, sans fard, encadré de ses longs cheveux noirs, à la tristesse démentie par la danse que son jeu imprimait à son corps. Lui, sérieux, concentré, mais tout aussi expressif lorsqu'il enserrait sa contrebasse. Puis j'ai surpris leurs échanges de regards. Son sourire! Cette fille savait sourire! Mieux, il savait, lui, la faire sourire. Et le mien ne les a plus quitté, jusqu'aux rappels, où eux seuls, j'ai vérifié, à l'abri du brouhaha des applaudissements, et sous l'alibi des centaines de regards, osaient l'inconvenance d'à-partés dissipés. En mineur comme en majeur, du début à la fin, ils avaient joué leur connivence en un accord parfait.