Lundi 26 octobre 2009

Le secret de JiM.

 

Devrais-je vous taire,

oh paradoxe ultime,

le dernier secret de JiM?


Je l'implorais en ma douleur, avant que de couler dans le sombre lac de mes pleurs. Il m'accueillit en son silence, et me berça doucement pour soigner ma transe, comme on ferait à un petit enfant souffrant. Les mots étaient sortis, je les avais jetés avant que leur poids à mon cou ne m'entraîne aux fonds vers l'asphyxie. Je les avais jetés avant de comprendre l'inutile cruauté de mon geste.


J'étais au bord du lac, JiM me posa à terre, une fois qu'en moi fut apaisée toute colère. Il devina alors ma question muette.


Face aux multiples opinions, aux avis divers, que pourtant je n'avais pas sollicités, sachant qu'ils me menaceraient de fragilité, comment savoir où j'étais, qui j'étais, comment rester entière bombardée de différentes options? Comment ne pas exploser sous les contradictions? Comment mes pensées, qui explorent chacune des autres peuvent-elles ne pas se morceler, et perdre en route leur unité?


Me pencher sur ce lac, y voir mon reflet pourtant calme sur ce sombre miroir, ne m'était d'aucun secours, il me fallait un autre recours.


Alors JiM murmura en mon oreille ce limpide secret: que chaque homme est l'unique propriétaire de ses pensées, elles n'influent que sur lui, et les entendre, les écouter, ne risque en rien de me modifier. L'onde sonore ne fera vibrer que mes tympans, si je leur laisse l'entière liberté de paroles qui n'engagent qu'eux même, aucun risque pour mon cerveau d'en être ébranlé.


Laisser à l'autre et à chacun l'entière liberté de ses dires et ses pensées, et conserver la mienne. Cette liberté a pourtant un corolaire qu'il faut accepter, ajouta JiM en baissant encore la voix, pour ne pas troubler l'onde calme du lac: ne jamais, jamais, essayer d'amener quelqu'un dans le cercle restreint de nos propres pensées.


Mais veiller ainsi au respect des libres arbitres était-il pour toujours renoncer à toute forme élaborée de communication? Devions nous faire le deuil du partage et de la compréhension? Encore plus se passer de l'approbation des autres? Chacun, seul, avec ses pensées, isolé?


Il me sourit pour dernière réponse, et sur ses lèvres je pus lire cette dernière pensée articulée: que parfois, très rarement il est vrai, se frôlent par hasard les cercles de pensées de deux humains, et que se créent ainsi des univers communs, mais c'est si gracieusement rare qu'il vaut mieux ne pas trop en parler...


J'ai repris le chemin du siècle, le problème était bien plus général que je ne le pensais et nullement circonscrit aux incompréhensions liées au statut social.(cf JiM, le silence et moi). Mais maintenant j'avais une solution, plutôt que de jeter les mots trop lourds au visage de qui me les proférait, je pouvais en pensées visiter les abords de mon lac, y graver jusqu'à l'épuisement les mots reçus sur les plus lourdes caillasses et les jeter au fond, sans regret et sans dégâts, puis depuis la rive contempler en un sourire la surface retrouver son calme lisse. J'avais entendu, écouté, poliment acquiescé, comme l'exige la société, ensuite, il n'appartenait qu'à moi de n'en faire qu'à ma tête!

 




26 octobre 2009

Par entre nuage et pluie
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