Quand une lettre tombe
Non ce n'est pas douleur, c'est la douceur du cœur qui s'épanche en silence. Ce sont tous les regrets qui n'auront nul tombeau, n'en déplaise au maître violiste, nul endroit jamais où déposer le chagrin des matins qui finissent. Pas de fleur, pas de tombe pour les possibles jamais advenus. Verrait-on une femme honorer ainsi les enfants qu'elle n'aurait pas eu? Même si l'idée parfois lui en était venue.
Non ce n'est pas révolte cette envie de demain, ce n'est qu'une récolte d'amour par temps chagrin. Vite, vite avant la pluie, quand on rentre tout le grain, toute la moisson dans l'urgence des nuages plus très loin. Quel paysan crierait colère, d'avoir pu sauver son labeur et remiser à l'heure les repas de l'hiver? Même s'il regrette la fête sous le soleil partagée, il ne fera pas la tête aux cieux qui n'étaient pas de son coté.
Non ne croyez pas que je déplore ce que la vie ne m'offrira pas, c'est jusque que je déflore à peine l'idée de me résigner à son pas. Laisser là tous les chemins qu'on rêve de gazon soyeux, pour continuer chacun notre sentier caillouteux. Alors que je donnerais volontiers à la Terre, 20 ans des pas qui me mèneront au cimetière, pour le seul bonheur de vieillir à deux.
Ma triste chanson vous paraît trop amère?
j'aime pourtant la vie et chacun des pas
qu'ensemble faisons sur cette terre austère
le caveau des regrets je ne fleurirai pas.
2 novembre 2009
sur un thème de l'atelier "écrire ensemble"
et peut-être aussi sur cette photo vue dans l'après midi sur le blog "du bleu dans mes nuages": link