Portrait n°1:Sa vie est ailleurs(*).
Elle vit sans cesse dans le regret de "ce qui n'est pas", ne tirant nul parti de ce qui est. C'est une vie parallèle, par la pensée, son esprit constamment morcelé entre le réel et sa vie souhaitée, sa partition des regrets, qu'elle n'atteint jamais, qu'elle ne rejoint qu'en rêve, à la faveur de ses longues nuits et de ses généreuses siestes et somnolences.
Ses souvenirs sont fiables et précis, elle se rappelle les noms que j'oublie. Elle s'entraine, repassant ses souvenirs lors de ses rêveries, elle en entretient la trace mnésique comme on le fait lorsqu'on récite une prière, ou une poésie, chaque jour, machinalement. "Tel Noël, telle année, il y avait untel, il s'est passé telle chose: c'était bien!"
Dans un soupir de nostalgie elle pose son livre, les yeux éteints, elle s'enfuit. Le présent jamais n'a prise sur elle. Le présent n'est qu'instant qui la fuit.
Elle s'ennuie.
Si elle n'espère en demain, si elle ne regrette hier, et lorsqu'elle ne déplore pas de n'être pas ailleurs en cet instant, elle s'ennuie, jamais bien, là, au présent dans sa vie.
Étonnant dans ces conditions que l'ennui d'hier puisse se parer, lorsqu'elle l'évoque aujourd'hui, des guirlandes de la mélancolie, et que jamais l'ailleurs, une fois au présent advenu, ne soit à la hauteur.
Étonnant.
J'en laisserais tomber ma page, si je n'étais pas qu'une image en contemplation d'elle même.
24 octobre 2009
sur une toile de Sophie von Hellerman: link
(* la vie est ailleurs: Kundera)