Sur le ring tu es plus forte que moi.
J'ai pu penser un temps que ta force n'était qu'une façade, une carapace et que dessous, tu étais toute remuée, autant que moi au moins. Mais non, il en faut beaucoup pour déclencher chez toi une réaction, tu le dis toi même, tu aimes les frictions, les échanges rugueux, les petites voix douces t'agacent, quant aux larmes... ridicule! n'en parlons pas!
Les échanges qui te chatouillent agréablement, qui te font te sentir vivante, sont pour moi tout différents. Ce qui t'effleure à peine, m'écorche vive. Il me faut ensuite des jours, et parfois des mois pour cicatriser et me retrouver sous ma peau arrachée. Ce qui te dope, te stimule, me vide de mes forces, ce qui te pousse sur le devant de la scène, me retire sous ma couette, en position fœtale. Ce qui te révèle, à toi et aux autres qui t'admirent et te voient comme un Chef, fait de moi l'ombre de ma lumière.
Et pourtant, pourquoi est-ce que j'accepte le combat? Est-ce que j'envie ta force? Est-ce que j'espère, à force de te côtoyer, apprendre à être comme toi? à comprendre les comportements qui mènent à la maîtrise et au pouvoir? Ou au contraire est-ce que je pense, qu'un jour, par quel miracle, nos visions de la réalité correspondront? Est-ce que je rêve -ho utopie!- de te convaincre d'adopter une fois, une seule toute petite fois, mon point de vue hypersensible? Chaque fois que tu descends du ring, sans te retourner, sans voir le petit tas prostré dans un coin qui fut moi, je me pose ces questions.
Puis je mets des jours, des mois, à redevenir moi. Je me cache, sous le ring parfois, fascinée par ta force, ton aplomb, ton répondant. Puis, à peine guérie, je franchis à nouveau les cordes rouges bien décidée cette fois, cette fois...
Cette fois, quoi? Cette fois, encore...
jusqu'au KO final.
musique: moustaki mon corps